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Dragon Kickboxers

(1ère publication de cette chronique : 2006)
Dragon Kickboxers

Titre original :Dragon Hunt

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Charles Wiener

Année : 1990

Nationalité : Canada

Durée : 1h26

Genre : Double tête au carré

Acteurs principaux :Michael & Martin McNamara, B. Bob, Heidi Romano, Karl Adhihetty

Barracuda
NOTE
5/ 5


Le Canada ! Terre de contrastes… Avez-vous remarqué que dans tous les guides touristiques, le moindre bout de campagne paumé est invariablement une « terre de contraste » ? Pourtant, ce n’est pas vraiment de contrastes qu’il sera question avec « Dragon Kickboxers », le film sur lequel nous allons nous pencher aujourd’hui, puisque celui-ci a pour héros deux jumeaux. Deux jumeaux kickboxers, pour être précis.


Nos héros : les frères McNamara.

Lorsqu'en 1991 Jean-Claude Van Damme sort « Double Impact », le film représente à son niveau une réelle nouveauté dans le genre de la tabasse kickboxing. Le trucage qui permet de montrer deux fois la même personne à l'écran est ancien, mais c'est la première fois qu'un film grand public l'utilise ainsi dans des chorégraphies de combat, et suffisamment bien pour que l'illusion soit bonne. Ce qu'on sait moins, c'est qu’un an avant, un obscur film de kickboxing canadien avait déjà montré des scènes similaires, au détail prêt que les McNamara Brothers trichent : eux sont de vrais jumeaux et n'ont besoin d'aucun trucage pour faire ça.





Le générique, qui n'explique pas tout mais beaucoup de choses quand même.


La personnalité des Frère Martin et Michael McNamara, héros, scénaristes et producteurs du film, mérite qu’on s’y arrête un peu avant d’entrer dans le vif du sujet. Vrais jumeaux nés à Belfast de dans une famille modeste, ils arrivent très jeunes à Toronto lorsque leurs parents viennent s’y installer. Rapidement, ils se prennent de passion pour les arts martiaux et grimpent un à un les échelons en karaté puis en kung-fu jusqu’à devenir d’authentiques champions. Ils ouvrent leur première école à Toronto en 1972 et, semble-t-il, leur business marche plutôt bien puisqu’ils ouvrent plusieurs autres écoles dans l’Ontario jusqu’à en posséder huit aujourd’hui, écoles qui ont produit plusieurs champions du monde de kickboxing.


Là ils font moins les malins mais rassurez-vous, ça ne va pas durer.


Ils débutent leur carrière au cinéma en travaillant comme doublures, comme cascadeurs, puis dans quelques petits rôles. Autour de 1985, ils décident de fonder leur propre société de production. Leur but ? Faire des films d’action plus percutants, avec de vrais combats de kickboxing. Le résultat ? Le sujet de cette chronique. Dernier rebondissement en date, en 1999 Miramax sort un DVD intitulé « Twin Dragons » qui réédite un film de Jackie Chan un peu plus ancien. Revendiquant le titre pour eux-mêmes (et il est vrai qu’ils se font appeler comme ça depuis longtemps), les frères McNamara assignent aussi sec Miramax en justice et réclament 37 millions de dollars au studio. Je n’ai malheureusement pas réussi à savoir comment cela s’est terminé…


Les frères McNamara sont copains avec des vraies movie-stars ! (ici Jean-Claude Van Damme et Billy Blanks, images tirées de leur site officiel www.twin-dragons.com)


En 1990, le premier tournoi de kickboxing professionnel organisé dans l’Ontario provoque un moratoire immédiat sur ce sport imposé par les autorités, le temps d’étudier si ces combats professionnels ne sont pas trop violents. Les frères McNamara ont trouvé leur cause à défendre. Prévu à l’origine pour durer trois mois, le moratoire restera en application jusqu’en 1994 et sera suivi d’une période probatoire de deux ans. Durant tout ce temps, les frangins militent pour que leur sport soit autorisé au niveau professionnel. Pendant les deux années de probation, ils organisent six tournois qui se dérouleront tous sans incident, une initiative qui aura une influence certaine sur la décision prise finalement en 1996 d’autoriser à nouveau le kickboxing professionnel dans l’Etat. A ce jour toutefois, les tournois amateurs de kickboxing demeurent semble-t-il bannis dans l’Ontario. Le combat des jumeaux pour la reconnaissance du kickboxing est d’ailleurs le sujet de leur troisième et dernier film à ce jour, « The Real Twin Dragons », présenté comme un « Kickboxing action docu-drama » sorti en 2003. Les films des jumeaux, justement, il est temps de s’y intéresser de plus près avec « Dragon Kickboxers », leur deuxième opus.


L’affiche de leur dernier film.


« Dragon Kickboxers » est en fait la suite de « Twin Dragon Encounter », premier film des jumeaux que nous n’avons à ce jour pas encore pu visionner. De fait le début du film est extrêmement confus, et quand on ne le sait pas, il faut plusieurs minutes pour comprendre que les scènes sans queue ni tête qu’on nous montre sont en réalité un résumé express de l’opus précédent. Le film met en scène Jake, un néo-nazi avec une main artificielle en papier mâché à la tête d’une milice de cinglés qui cherche à se venger des jumeaux McNamara (les frangins jouent leur propre rôle), qui l’ont vaincu et mutilé à la fin de l’épisode précédent.


L’ignoble Jake !


Dans le but d’exercer sa vengeance, l’ignoble Jake va commencer par se lancer dans la piraterie de rivière, sans qu’on saisisse bien comment ni pourquoi, et tenter de faire accuser les jumeaux du crime. Ce premier plan se soldant par un échec, il entreprend de capturer les jumeaux et d’en faire les proies d’une grande chasse à l’homme pour laquelle il a engagé plusieurs factions de féroces mercenaires, réunies sous le drapeau de l'Armée Privée du Peuple. Mais les Twin Dragons ont plus d’un tour dans leur sac…


Le terrible Jake !


Ne tournons pas autour du pot, « Dragon Kickboxers » est un nanar de grande classe, un film au rythme d‘enfer où les éclats de rire résonnent aussi hauts que les coups de latte et où on ne s’ennuie pas une seconde.

« Dragon Kickboxers » fait partie de ces films que j’affectionne tout particulièrement. Ce n'est pas tant un nanar parce qu'il est terriblement cheap (il l'est, mais ça demeure dans les limites du convenable), mais bien parce que la crétinerie y est constante et ininterrompue. Lorsque les méchants partent à l'assaut d'un navire, c'est forcément un misérable bateau-mouche, on veut nous faire croire qu'ils sortent à quinze d'un minuscule hélicoptère et, pour des raisons que la raison ignore, le réalisateur ne filme que leurs pieds pendant toute la scène.


Le nouveau modèle d'hélicoptère de transport à quinze places.


Notez que les jumeaux ne sont guère mieux lotis. Piégés en pleine forêt, traqués par des ninjas, lorsque la nuit tombe leur premier réflexe est d'allumer un feu. Lorsqu'ils parviennent jusqu'au canot où Jake entrepose l'équipement et les armes de son armée, ils pourraient l'utiliser pour s'enfuir, mais non ! Ils préfèrent y prendre une pauvre caisse avant d'allumer un bâton de dynamite. Arrive un sbire qui remarque la mèche allumée. La mèche est longue, mais plutôt que de la couper ou de la jeter dans l’eau, il s'enfuit en courant pour échapper à l'explosion. Il court, il court, il court... Presque une minute s'écoule avant qu'enfin le canot ne daigne exploser.


Michael ou Martin, très sexy en maillot de bain.


Dans le combat proprement dit, les choses ne s'arrangent pas. Pour tenter de repousser leurs assaillants, les frères McNamara construisent une espèce de fortin au milieu de la forêt avec quatre troncs d'arbre mal ajustés, un truc parfaitement indéfendable, conçu en dépit du bon sens et qu'une grenade bien placée suffirait à vaporiser. Heureusement pour eux, les hommes de Jake préfèrent vider leurs chargeurs n'importe comment sur les rondins sans y causer le moindre dommage, et ce sont les jumeaux qui, les premiers, recourent aux grenades !


"Ma cabane au Canada est tapie au fond des bois..."


Ce qui permet vraiment à « Dragon Kickboxers » d’entrer dans la cour des grands, c’est Jake, l’incroyable méchant du film. Vague sosie de Renaud, fusion improbable de nazi et de punk, il est déjà ridicule vu de loin mais c’est quand on s’approche que les choses deviennent vraiment intéressantes. C’est bien simple, chaque fois qu’il ouvre la bouche, c’est pour sortir une connerie. Aucune exception, aucune réplique qui ne soit pas un modèle de crétinisme. Ce personnage mériterait qu’on lui consacre une page entière de la rubrique « ils l’ont dit », car en plus il aime causer le bougre ! Même quand il n’est pas à l’écran, il trouve le moyen de balancer ses conneries en voix-off. Comptant parmi les moments les plus intenses du film, il égrène une série de monologues ahurissants d'absurdité et déclamés sur un ton profond et sépulcral qui semble surgir de nulle part. Parsemées de rimes approximatives, ces déclamations d'une débilité indescriptible finissent par ressembler à la séance de slam dérangée d'un cinglé complet, au point que lors du visionnage, nous avions fini par le surnommer Grand Con Malade.



Le ridicule Jake ! Non seulement sa coupe de cheveux est débile, mais en plus elle n’arrête pas de partir en vrille. Notez aussi la main de fer en plastique.


La collection de sbires, séides et nervis qu’il a rassemblés pour traquer les jumeaux est largement à sa mesure. D’ailleurs il nous les présente lui-même lors de l’un de ces fameux monologues :


« D’abord, le maître du monstre et son féroce bouvier… Ce chien est un tueur ».


« Ensuite Earn, complètement débile et trop bête pour qu’on lui fasse mal »


« Le Gros Lard… pour le braconnage c’est le champion »


« Et enfin Masque rouge de la mort, le maître ninja »


Ces boss de fin de niveau méritent qu'on les examine plus en détail. Maître du Monstre et « son féroce bouvier », je crois que ce sont mes préférés. Le bestiau en question, il ressemble à ça :


On a retrouvé la Bête du Gévaudan !


Le « Monstre » est en fait un bouvier des Flandres, un animal qui peut effectivement servir de chien de garde mais qui n’a rien d’un molosse sanguinaire « capable de vous arracher un bras aussi facilement qu’un dentiste une dent ». Il est même réputé joueur et affectueux avec les enfants. Pas moyen d’en faire une capture d’écran correcte dans le film, mais voici un autre spécimen de ces tueurs trouvé sur Internet


Celui-ci s’appelle Newton.


Earn ensuite, c'est le cabotin du groupe. Déjà bien ridicule dans la vie, c'est dans la mort qu'il trouve véritablement sa raison d'être nanarde, lorsqu'il finit terrassé par les jumeaux après un combat particulièrement éprouvant pour les côtes du pauvre spectateur.


Vous ne rêvez pas, il y en a un qui lui tient les glaouis pendant que l’autre cogne dessus. Vous parlez d’un exemple pour la jeunesse !


Masque Rouge de la Mort, le maître ninja, réussit cette performance de surjouer avec une cagoule. C'est bien simple, on pourrait croire que c'est Stuart Smith lui-même qui assure le rôle tellement il fronce des sourcils comme un possédé. Il ne parle pas beaucoup, mais c'est toujours à bon escient : une réplique nanarde par ligne de dialogue.


Masque Rouge de la Mort est un ninja très sourcilleux, si vous voyez ce que je veux dire...


Enfin, Le Gros Lard a bien mérité son surnom. Sorte de Jean-Pierre Coffe sous Tranxène, il ne branle rien jusqu'à la fin du film où il se fait latter en trente secondes par les jumeaux, et même pas franchement de façon flamboyante.


Mais que fait Amnesty International ?!


A côté de ces champions, il ne faudrait pas oublier les sbires personnels de Jake, tous bien gratinés, ni les deux filles un tantinet vulgaires qui ont servi d'appât pour attirer les jumeaux dans le traquenard. L'une d'entre elle est en fait une policière sous couverture, qui sera très vite démasquée : elle avait emmené sa plaque avec elle en mission. C'est ballot.


Les sbires de base n’ont rien à envier au reste du casting (à droite il s'agit de Karl Adhihetty, dont vous pouvez lire une interview sur notre site)


Les deux filles du film.


Les quelques images ci-dessus le laissent entrevoir et c'est l'un des points centraux du film : dans leur manière de se battre, les frères McNamara n’apparaissent pas vraiment comme des héros sans peur et sans reproches.


Une époustouflante démonstration de kickboxing !


En effet, là où Mike Danton dans « Ultime combat » se battait sans pitié mais à la régulière, viril mais correct, les frères McNamara n'ont aucun scrupule à employer les tactiques les plus lâches et les plus déloyales. Le kickboxing avec eux, c'est deux contre un et par derrière. Certes, c'est sans doute plus réaliste, mais ça pose tout de même certains problèmes. Le premier, et pas des moindres, c'est qu'on est venu là pour voir un film de kickboxing et qu'à force de planter des couteaux entre les omoplates de leurs ennemis, les frères McNamara finissent par ne plus avoir tellement d'occasions de se battre à mains nues. Le second, c’est qu’on finirait presque par avoir pitié de ces pauvres sbires tant les jumeaux prennent un malin plaisir à viser les parties sensibles (Earn, montré plus haut, n'est pas le seul à subir cet affront) et tant leur mort ressemble parfois à une exécution sommaire. La baston finale et la fantastique scène de poursuite qui la précède sont des modèles de chorégraphie pachydermique et de cadrage à côté de la plaque. Sidérantes d’incohérence, elles constituent un bouquet final largement à la hauteur du reste du film. Fait unique, la grosse baston de ce dernier quart d’heure se déroule presque entièrement au ralenti, sans que ce ne soit en rien justifié par quoi que ce soit, et surtout pas par la grâce des mouvements.


Des bastons parmi les plus confuses de la galaxie.


Au moment de juger « Dragon Kickboxers », il parait inévitable de le comparer au mètre-étalon du film de survie dans les sous-bois, le bien nommé « Ultime combat ». Les frères McNamara en ont-ils vraiment assez dans le slip pour aller chercher dans les cordes le champion du genre, le légendaire Mike Danton ? A mon avis oui, mais il faut d’abord bien se rendre compte que ces films au thème similaire sont en fait très différents d’un point de vue nanar.


Pour une raison qui défie l'entendement, lors de la baston finale, Jake, pas blessé ni rien, tente de s'enfuir à genoux. Mais vraiment quoi.


Dans « Ultime combat », sauf exceptions, la nanardise vient de l’action et d’elle seule (ce qui n’empêche pas d’ailleurs cette action d’être elle-même très variée). Mike Danton choisit la spécialisation, il mise tout sur le bourrinage et remporte la mise grâce à ça, laissant tous ses concurrents loin derrière dans ce domaine. « Dragon Kickboxers » au contraire préfère jouer la diversité. La nanardise nous assaille de tous les cotés, avec peut-être moins d’intensité mais incontestablement plus de variété. Par exemple, il y a très peu de dialogues dans « Ultime combat ». Au contraire dans « Dragon Kickboxers », les personnages n’arrêtent pas de causer, et c’est systématiquement pour dire des conneries (à ce sujet, n’oubliez pas d’aller faire un tour dans la rubrique « ils l’ont dit » de la chronique !).


Je vous remets quelques tronches de sbires pour la route ?


Ca peut paraître un lieu commun tant l’expression a été utilisée pour d’autres films (dont certains ne le méritaient pas forcément), mais dans « Dragon Kickboxers » tout est nanar. De la coupe de cheveux des acteurs à la chorégraphie des bastons, en passant par la musique ou les sourcils du maître ninja, le nanar est partout, le ridicule toujours là où on ne l’attend pas. La nanardise vient vraiment se glisser dans les éléments les plus inattendus et la scène a priori la plus anodine peut amener un grand éclat de rire à cause d’un détail stupide.


Par exemple, l'incapacité totale des frères McNamara à tailler en pointe correctement le moindre bout de bois est une source de nanardise insoupçonnable.


Au final, je pense vraiment que « Dragon Kickboxers » se hisse au même niveau que les révérés « Ultime combat », « White Fire » et consort. Les Twin Dragons n’ont pas fait le Viêt-Nam, mais je doute qu’il y en ait deux comme eux dans tout le Canada. Enfin quatre comme eux, quoi. Nous sommes ici en présence d’un nanar poids lourd, de ceux dont on se remémore encore les scènes des semaines après en pouffant de rire. Indiscutablement, les frères McNamara ont gagné avec ce film leur place au panthéon des grands acteurs nanars, ceux que l’histoire officielle du cinéma préfère laisser dans l’ombre mais qu’ici, à Nanarland, nous n’oublierons jamais.

Une affiche alternative où les frangins perdent la moustache (en plus c'est clairement la photo d'un seul des jumeaux dupliquée en mode miroir).

- Barracuda -

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Barème de notation

Pour se procurer le film, il faudra mettre la main sur la VHS de Office Distribution présente en tête de la chronique (parfois sous sa sous-marque Liberty Vidéo, avec le même visuel) :



Autrement, il existe aussi un DVD allemand disponible sur amazon.de, mais avec seulement la version allemande du film.