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The Lost Empire

(1ère publication de cette chronique : 2024)
The Lost Empire

Titre original : The Lost Empire

Titre(s) alternatif(s) :Aucun

Réalisateur(s) :Jim Wynorski

Producteur(s) :Jim Wynorski

Année : 1984

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h23

Genre : Les Spice Girls et le temple maudit

Acteurs principaux :Raven De La Croix, Paul Coufos, Robert Tessier, Melanie Vincz, Angela Aames, Angus Scrimm, Angelique Pettyjohn, Blackie Dammett

John Nada
NOTE
3.5/ 5



Pour venger son jeune frère, abattu lors du braquage d’une bijouterie commis par des ninjas à la recherche d’une antique pierre magique, la super flic Angel Wolfe s’associe à la guerrière indienne Blanche Etoile et à la taularde Heather. L’enquête les mènera sur une mystérieuse île fortifiée, où un maléfique sorcier zombie et les sbires encagoulés de son organisation secrète organisent de sanglantes joutes de gladiateurs et des sacrifices rituels, alimentés par un trafic de femmes.

De redoutables ninjas de la communauté cuir.


Un coup d'oeil sur ce shuriken et l'agent du FBI Rick Stanton comprend avoir affaire à « une espèce de secte internationale du terrorisme et de la légende à propos d'horreurs surnaturelles qui referaient surface après 200 ans. » Il est interprété par Paul Coufos, héros de La Malédiction des rats, vu également dans Shopping de Wynorski ou encore Dragonfight.


Il faudra vraiment qu’un jour on consacre une belle bio à Jim Wynorski, parce qu’il le mérite. Contrairement à tant de producteurs qui vous fourguent des cagettes de navets pourris avec une jolie étiquette dessus, Jim Wynorski ne mégote pas sur la marchandise. Là où des margoulins vous refilent un film de couloir, avec des tunnels de dialogues et un pauvre alien qu’on aperçoit 10 secondes dans l’ombre à la toute fin, Jim Wynorski vous en donnera pour votre argent. Là où certains réalisateurs semblent suivre les modes du marché sans vraiment les comprendre, de façon mécanique et presque contrainte, Jim Wynorski embrasse toutes les tendances sans l’ombre d’un complexe. Ainsi The Lost Empire assume pleinement, et avec un entrain communicatif, sa nature de film de genre outrageusement bis.



A vrai dire The Lost Empire n’est pas un film de genre, mais de genres : mélange d’érotisme, d’action urbaine, d’heroic fantasy, de WIP et d’aventures exotiques. Un réjouissant pot-pourri de Drôles de dames, Opération Dragon, Indiana Jones, James Bond, de Sword & Sorcery et des films de Russ Meyer. Après avoir fourbi ses premières armes chez son mentor Roger Corman, Wynorski se lançait ici dans la réalisation avec une envie et une générosité qui crèvent l'écran. En témoigne son imposant cahier des charges, qui ressemble à une sorte de délire de geek bissophile à qui aurait donné carte blanche pour monter le projet de ses rêves.

Le DVD néerlandais, avec sa police de caractères à la Indiana Jones, promet au chaland "le mythe de Conan et l'action de Mad Max en un film !".


Un cruel sorcier zombie nommé Lee Chuck... en hommage à Bruce Lee et Chuck Norris. Qualifié par le FBI de "tueur à gages de Satan", il serait responsable de tous les malheurs du monde, du Titanic à Hiroshima.



Jim Wynorski, il faut lui reconnaître ça, est quelqu’un qui est à l’écoute à la fois de son public et de ses propres envies. Alors les fanboys, vous voulez un héros ou une héroïne ? Une héroïne ? Blonde ? Avec des gros seins ? OK, va pour une héroïne blonde à gros seins. Mais une blonde à gros seins qui sait manier un flingue et connaît les arts martiaux hein ! Et puis une vraie héroïne avec un vrai cerveau, parce qu’on aime les gros seins mais on n’est pas pour autant des gros beaufs sexistes, phallocrates et rétrogrades. Donc ce sera une héroïne blonde à gros seins, qui serait une as du flingue et de la tatanne, et qui serait astucieuse et qui aurait de la répartie. C’est bon, c’est noté.

Angel Wolfe est interprétée par Melanie Vincz, une ancienne Miss qui a essentiellement travaillé dans des séries télé.



Bon, une héroïne à gros seins c’est pas mal, mais pourquoi pas deux ? Ou même trois tiens, qu’en pensez-vous ? Qui peut le plus peut le moins, non ? Allons-y pour trois héroïnes à gros seins, on va pas radiner. Drôles de dames avec des bonnets F, c’est sympa comme idée non ?

Oh et puis tant qu’à faire, je vous en mets une bonne demi-douzaine, voilà.



Bon, vous voulez quoi d’autre dans votre film ? Un combat de catch féminin dans une prison pour femmes ? Pas de problème. Avec une matonne en tenue de cuir cloutée et talons aiguilles ? C’est possible, oui. Je lui rajoute un fouet tant qu’à faire ? Et puis on les fera se rouler dans une flaque de boue, c’est plus sympa non ? On part là dessus, ça vous convient cher public ?

Une prison américaine typique, avec gardienne et détenues en tenues réglementaires.



The Lost Empire donne l’impression d’un projet financé via une campagne de crowdfunding, où tous les participants auraient eu le droit d’ajouter une idée ou un élément. C'est une sorte de mashup d'exploitation avant l'heure, avec aux manettes un Jim Wynorski s’employant à remplir sans rougir son imposant cahier des charges. La recette de Jim : on prend un peu tout ce qui marche, on balance dans le shaker et on mélange. En 1984, qu’est-ce qui marche au ciné ? Conan le barbare, Indiana Jones, les buddy-cop movies, et plein d'autres trucs. Et qu’est-ce qui marche à toutes les époques ? Des gros seins. C'est pas cher et ça marche toujours, les gros seins. Comme le disait Russ Meyer : « Naked breasts are the cheapest special effect » (Les plans nichons, c'est l'effet spécial qui coûte le moins cher). Notre héroïne Angel Wolfe est donc une super flic au croisement de Bruce Lee, Conan le barbare, James Bond et Indiana Jones avec des gros seins, c’est aussi simple que ça.

Sur l'île secrète du sorcier zombie Lee Chuck...

...Angel nous rejoue Opération Dragon…

...puis Conan le barbare...

…face à un gladiateur adepte de la culture gay-cuir…

…sous le regard torve d’une idole reptilienne en carton-pâte.

Un suspense insoutenable !



Dans cet inventaire à la Prévert du bis, Jim Wynorski puise autant dans les succès du moment que dans des références plus personnelles et plus anciennes, du côté des pulps et des serials notamment. Parmi les influences les plus évidentes on citera Russ Meyer, qui n’aurait pas renié ce trio d’héroïnes à la poitrine généreuse, et à ce titre le fait d’avoir casté Raven de La Croix n’est pas anodin (Kitten Natividad, autre actrice fétiche de Meyer, aurait aussi été pressentie pour le film). On aurait tort pourtant de réduire cette filiation aux seules formes des actrices, car elle touche aussi au fond.

Les magazines Playboy, Mad et Cracked : les saines références de cet éternel adolescent de Jim Wynorski.

Raven de La Croix, dans le rôle de l'Indienne Blanche Etoile (comment ça "on n'y croit pas une seconde" ?).

Car dans The Lost Empire comme chez Russ Meyer ou Andy Sidaris, derrière l’exploitation commerciale de leur plastique, les femmes incarnent des personnages forts, libres et indépendants, parfaitement capables de se défendre, sachant très bien ce qu’elles veulent et ce qu’elles ne veulent pas, ne subissant jamais la loi des hommes. De vraies amazones ! Le fait que l’héroïne Angel Wolfe se lance dans l’aventure pour venger son frère, et que son petit ami soit quasiment réduit au rôle de faire-valoir, est d'ailleurs éloquent. Même le redoutable gorille, symbole de force mâle et de virilité brute, ira au tapis après s’être fait latter les youcs par une de nos trois guerrières.


Un splendide canon laser avec de grosses roubignolles s'apprête à faire feu sur notre héroïne.

N’ayez crainte : dans The Lost Empire, les symboles phalliques ont une espérance de vie très réduite.

Comparé à un gorille en CGI, le charme d'un type dans un costume de singe reste quand même irremplaçable...

Blanche Etoile met les pieds où elle veut, et c'est souvent dans les youks.

Pour l’anecdote, le gorille n’était paraît-il pas prévu dans le script. Le maquilleur d’effets spéciaux Steve Neill aurait débarqué un jour de tournage avec ce costume dans le coffre de sa voiture et Jim Wynorski, ravi de l'opportunité, lui aurait demandé de l’enfiler devant la caméra.

Hey Jim, j’ai aussi trouvé un squelette en plastoc, tu trouveras bien une scène où le caser ?



La question se pose quand même de déterminer à quel point The Lost Empire peut être considéré comme un pur nanar ou non. Ce n'est clairement pas un chef-d'œuvre, mais malgré sa ringardise ce n'est pas non plus un film raté, dont les défauts susciteraient le rire à ses dépens, au sens où Jim Wynorski n'est pas Bernard Launois ou Neil Breen. C'est à la fois un faiseur habile, un producteur roublard et un authentique passionné. La folie du scénario de The Lost Empire est pleinement assumée. Il y a une part d'humour volontaire, mais on n'est pas non plus dans le pastiche à la OSS 117 d'Hazanavicius, ni dans la grosse comédie potache façon Attaque de la moussaka géante ou Retour des tomates tueuses, et pas non plus dans le meta cynique à la Sharknado. Disons qu'on navigue un peu entre tout ça, et à vrai dire la réponse importe peu du moment que le plaisir du visionnage est au rendez-vous. Aux Etats-Unis, le lexique est plus riche et les nuances plus subtiles pour qualifier ce genre de film. Outre-Atlantique, les critiques emploient volontiers l'épithète "psychotronic" pour décrire The Lost Empire, Wynorski le présente comme "an infamous drive-in classic" (un honteux classique de drive-in), et le compositeur Alan Howarth comme "a low budget campy show" (un spectacle à petit budget « éneaurme » et absurde), ce qui est plutôt juste. Sur le forum de Nanarland, l'ami Kobal évoquait lui "une virée bis assumée, avec quelques dérapages nanars incontrôlés", ce qui me paraît encore plus juste.

Une matte painting qui nous dévoile le repaire très jamesbondien du méchant.

Une base secrète souterraine sur une île mystérieuse...

...et un super vilain dans la pure tradition des romans de gare et du cinéma populaire.

Le budget de The Lost Empire est limité, voire très limité, mais visuellement le film est riche, avec ses ambitieux décors en carton-pâte, ses costumes hautement réjouissants et ses effets spéciaux à l’ancienne – matte painting, rayons lasers fluo et autres masques en latex – bricolés sans grands moyens mais toujours soignés. Il serait vain de vouloir énumérer ici tous les atouts de The Lost Empire, mais on appréciera en particulier la VF d’époque aux petits oignons, le casting riche en playmates et en trognes de bisseux parmi lesquelles Angus Scrimm (inoubliable Tall Man de la saga Phantasm) ou Robert Tessier (Plein la gueule, Starcrash, Le Bagarreur, Future Force, Doc Savage Arrive, et pléthore de séries télé), ou encore la musique composée par Alan Howarth, collaborateur d’alors de John Carpenter (les deux hommes ont signé ensemble quelques BO absolument mémorables comme New York 1997, Christine, Prince des ténèbres ou Invasion Los Angeles).

Robert Tessier, second couteau récurrent du bis.

Dans cette scène, on l’a affublé de faux sourcils broussailleux parfaitement ridicules !

Un tortionnaire sadique joué par Blackie Dammett, habitué aux rôles de crapules (American Ninja, The Boys Next Door, L'Arme Fatale, L'Arme Totale) 


Angus Scrimm, apprenti maître du monde merveilleusement cabotin.


Dans le livret de l’édition CD du score de The Lost Empire, on trouve d’ailleurs une note introductive de Jim Wynorski, à qui nous laisserons le mot de la fin : « On me demande souvent ce qui m’a poussé à écrire et réaliser The Lost Empire. Etait-ce l’alléchante perspective de travailler avec des douzaines de sublimes actrices ? L’excitation de pouvoir donner vie sur grand écran à tous les plaisirs coupables, toutes les fantaisies de mon enfance ? Ou simplement l’appât du gain ? Et bien la réponse, c’est tout cela… et plus encore. »

« – C'est ton révolver ou c'est une manifestation de joie ?
– Je crois que c’est mon révolver. »

- John Nada -
Moyenne : 3.75 / 5
John Nada
NOTE
3.5/ 5
Rico
NOTE
4/ 5
Wallflowers
NOTE
BF/ 5

Cote de rareté - 3/ Rare

Barème de notation



The Lost Empire est sorti en blu-ray en Allemagne en 2016, chez SchröderMedia, dans un superbe scan HD. Le film est proposé avec des pistes audio en anglais et en allemand, sans sous-titres, et quelques bandes-annonces d'époque en allemand (Heavy Traffic, Hell's Angels '70, Mandingo, Comin' at Ya et The Devil's 8).

Il existe par ailleurs quelques éditions DVD ici et là, dont l'édition américaine sortie en 2014 qui propose un commentaire audio de Jim Wynorski. On y apprend notamment que les prises de vues ont été bouclées en seulement 16 jours, ce qui témoigne d'une grande efficacité du réalisateur, réputé pour boucler tous ses projets en-deçà du budget et du temps prévus (avec un rythme de 3 à 4 films par an, Wynorski en a mis en scène plus d'une centaine depuis The Lost Empire....). Et à ce titre certaines anecdotes sont révélatrices sur son art de faire des économies, comme le fait de réduire certains comédiens au rôle de figurant en supprimant leurs répliques, pour ne pas avoir à leur payer les 398$ contractuellement négociés par les syndicats d'acteurs pour les petits rôles ayant une ligne de dialogue ou deux. C'est pour cette vile raison que les deux policiers qui viennent sonner chez l'héroïne pour lui annoncer le décès de son frère restent muets, se contentant d'un regard embarrassé.

Pour voir le film en VF, pour l'heure, il faudra se tourner vers les antiques VHS autrefois éditées par Proserpine et VIP.


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