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Untamed Mistress

(1ère publication de cette chronique : 2026)
Untamed Mistress

Titre original : Untamed Mistress

Titre(s) alternatif(s) : Aucun

Réalisateur(s) : Ron Ormond, Allan Nixon

Producteur(s) : Ron Ormond, June Carr

Année : 1956

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h12

Genre : Gorilles dans la brune

Acteurs principaux : Steve Calvert, John Martin, Jacqueline Fontaine, Allan Nixon, Byron Keith, Carol Varga, Cliff Taylor

Jack Tillman
NOTE
2.5 / 5

 

Une partie de la saveur d'un nanar comme Untamed Mistress découle de son décalage vertigineux avec notre époque. Il s'agit d'une de ces innombrables petites séries B d'aventures exotiques qui pullulèrent à Hollywood entre le début des années 1920 et la fin des années 1950, au discours colonialiste sans filtre et à la réjouissante naïveté pulp ne se prenant jamais la tête. Un genre dont je suis personnellement un amateur inconditionnel, où les jungles se limitaient à un studio de dix mètres carrés dans lequel étaient rassemblées aléatoirement toutes les plantes tropicales dénichées par l'accessoiriste au Jardiland du coin, peuplées de stock-shots du National Geographic, de cannibales avec un os dans le nez et d'un Tarzan rasé de frais et sortant de chez le coiffeur. Des jungles que parcouraient des aventuriers conquérants ne pouvant s'empêcher de tirer avec leur carabine sur le moindre stock-shot d'espèce menacée passant à proximité d'eux. Une époque où les hommes étaient des hommes, où les femmes et les minorités restaient docilement à leur place subalterne, où l'Afrique était "un pays fascinant" (dixit les dialogues de notre film) présenté au public telle une attraction de fête foraine, et où le Code Hays traquait impitoyablement la moindre incartade morale (même si les films Bis ne s'y soumettaient pas toujours, n'étant pas diffusés dans les mêmes circuits que les séries A des grands Studios, mais dans les années 50 la plupart se pliaient encore à la morale puritaine en vigueur dans les films à gros budget).

 

 

Le sous-genre du film de jungle, tel qu'il était mis en scène à l'époque, a toujours de quoi faire rêver et stimuler l'imaginaire, avec ses péripéties et ses mystères. À tel point qu'en dépit du sourire que suscitent ses défauts et poncifs habituels, la "junglerie" à l'ancienne n'est pas fatalement synonyme de nanar. Sous ses dehors de vieille série B ringardo-kitschouille mais charmante à la Nabonga (qui ne fait que frôler le nanar, malgré sa sauvageonne la moins crédible du monde), Untamed Mistress franchit pourtant aisément la frontière qui sépare le film daté mais qu'on regarde avec un œil indulgent et nostalgique du gros nanar qui tache. De prime abord, nous sommes en terrain connu, mais ici tout paraît plus fauché, plus Z, plus mal fichu et plus délirant que d'habitude. Cet ovni en toc traîne la réputation d'être rien moins que le Plan 9 From Outer Space du film de jungle. Sans aller jusqu'à affirmer qu'il égale le chef-d'œuvre d'Ed Wood, il n'en demeure pas moins complètement hallucinant.

 

 

Il s'agit d'une production de la famille Ormond, menée par le patriarche Ron Ormond, futur propagandiste évangélique qui réalisera dans les années 1970 une série de nanars de fou furieux intégriste, comme If Footmen Tire You, What Will Horses Do? et The Burning Hell, mais qui, dans les années 1950, n'était pas encore devenu born again et donnait encore dans un cinéma d'exploitation plus classique. Lorsqu'il tourne Untamed Mistress, Ron Ormond venait de réaliser le très pénible Les Créatures du Docteur Aranya alias Mesa of Lost Women, film d'épouvante à gros potentiel (avec notamment de méchants nains mutants, une araignée géante en mousse et un serviteur chinois ultra-caricatural ne parlant que par énigmes grotesques) mais terriblement bavard, avec Jackie Coogan (l'ex enfant star révélé par Charlie Chaplin dans The Kid) en savant fou mégalomane en blouse blanche. Une œuvre qui valait uniquement le coup d'œil pour contempler la prestation magnétique de la torride Tandra Quinn, en femme araignée sensuelle au décolleté échancré façon Jane Russell dans Le Banni de Howard Hughes.

 

 

Une idée érotique futée que notre cinéaste reprend dans Untamed Mistress, qui exploite savamment le physique hors norme de son actrice principale, Jacqueline Fontaine. Dans son rôle de sauvageonne, la plantureuse Jacqueline voit sa très forte poitrine sublimée à chaque plan par la caméra lubrique de Ron Ormond, qui flirte pendant tout le film avec la censure, toujours près de franchir la ligne rouge. Mais de la même manière que les comédies musicales étaient à l'époque un prétexte pour montrer des corps de danseuses, les films de jungle fournissaient alors un alibi aux producteurs pour ne pas trop vêtir leurs actrices. Ben oui, que voulez-vous ? Dans la jungle, il fait chaud...

 

La reine de la jungle et son décolleté vertigineux.

 

L'aspect résolument foutraque de Untamed Mistress s'explique par sa genèse qui s'inscrit, encore et toujours, dans la bonne vieille technique du deux-en-un (on n'en sort décidément pas). D'une part, Ron Ormond avait un ami médecin, un peu aventurier sur les bords, qui venait d'effectuer un safari en Afrique et lui avait gracieusement offert les images amateurs qu'il avait filmées avec sa caméra dans la savane. D'autre part, les Ormond venaient de récupérer une partie des droits d'exploitation d'un court-métrage de 26 minutes réalisé par Ron Ormond pour Howco Production Inc., The Black Panther alias Law of the Jungle, avec l'acteur indien Sabu (star de classiques britanniques comme Le Narcisse NoirLe Voleur de Bagdad et Le Livre de la Jungle) en ersatz de Mowgli. Problème : le contrat avec Howco stipulait que les Ormond ne pouvaient exploiter aucune image de Sabu, le héros du film. Pas le genre de détail à refroidir l'imagination mercantile de Ron Ormond et de sa femme June Carr. Avec entre leurs mains ces quelques minutes de court-métrage expurgées de Sabu et un film de vacances en Afrique, il ne restait plus aux Ormond qu'à inventer un vague scénario autour. C'est ainsi que naquît l'improbable Untamed Mistress.

 

"Monsieur Godfrey Ho est demandé à l'accueil..."

 

Qui dit 2-en-1, dit deux histoires dans un même film. La première histoire est narrée sous forme de flashbacks par un Indien mourant, ancien Maharadja déchu, qui met en garde les héros contre la perfidie de la femme sauvage et sa vicieuse animalité naturelle. Pendant un quart d'heure, Ron Ormond nous montre donc des inserts de The Black Panther, commentés par le vieux Maharadja interprété par Byron Keith, de loin le meilleur acteur du film, malgré son brownface. Voici en deux mots le film dans le film : parti chasser dans la jungle du Bengale (un studio étriqué garni de plantes en pots), le Maharadja est contrarié car aucun animal ne se montre. C'est parce que Sabu, le roi de la jungle, protège les animaux, lui explique un vieil ermite. Pendant une halte, le Maharadja a le coup de foudre pour la fille du chef du village, la belle Rani. Il achète au vieux chef la main de sa fille, mais Rani est déjà promise à un autre et s'enfuit dans la jungle pour rejoindre son fiancé. Sabu et ses amis les bêtes interviennent et permettent aux deux tourtereaux de se marier. Quant au Maharadja, il perd son royaume et sa fortune. Le problème, c'est que cette histoire n'a strictement rien à voir avec le reste du film, et que ça se voit vraiment beaucoup. L'autre élément cocasse est que le narrateur n'a pas du tout la même voix d'un plan à l'autre. Tantôt, Byron Keith parle avec une voix d'agonisant, tantôt, il a l'air de péter la forme.

 

"Histoire de meubler, laissez-moi vous conter un autre film avant de clamser..."

L'Inde millénaire, son exotisme, ses mystères impénétrables. Et ses Brownfaces.

Apprenez à cuisiner le curry avec l'actrice Carol Varga. Soulignons que "The Black Panther" est nettement mieux réalisé que "Untamed Mistress" (bien que le réalisateur soit le même), ce qui renforce le décalage.

 

Revenons à l'intrigue principale de Untamed Mistress. L'action de ce patchwork ne se déroule pas en Inde, mais en Afrique, afin d'exploiter les stock-shots amateurs du film de vacances du pote de Ron Ormond. En apparence, rien que du réchauffé dans le postulat : élevée par une tribu de gorilles, la sauvageonne Velda est recueillie par un safari et ramenée à la civilisation. Mais l'appel de la jungle sera-t-il le plus fort ? Cependant, ce pitch hyper basique, déjà vu 2857 fois dans les serials de l'époque, est rendu à peine compréhensible par la narration complètement éclatée de Ron Ormond et de son acteur principal et co-réalisateur, Allan Nixon. L'aspect 2-en-1 n'aide évidemment pas.

 

Nos aventuriers de la jungle : le "Sahib Doctor" Arthur, son frère Jack et leur sidekick Cyril.

L'Afrique, ce vaste continent où l'on passe manifestement son temps à battre du tam-tam.

 

Malgré un charme rétro débordant, le métrage est un désastre sur le plan technique. Outre les faux raccords à chaque plan, les comédiens sont parfois redoublés de façon très grossière par des voix qui ne collent pas du tout aux mouvements de leurs lèvres. L'essentiel du film se résume à filmer en plan serré une poignée d'acteurs de patronage dans un jardin public, qui font semblant de réagir aux interminables stock-shots d'animaux que nous casent les roublards réalisateurs. Et en plus, ils réagissent en jouant très mal. La médiocrité avec laquelle nos aventuriers de la jungle récitent des dialogues plus ineptes les uns que les autres se met au diapason de la qualité ambiante.

 

L'Afrique et ses envoûtants stock-shots nimbés de mystère.

Ne vous inquiétez pas. Ce stock-shot de lion ne risque rien.

Une ombre au sol des plus suspectes.

 

Dans le rôle de la "maîtresse indomptée" en titre, Jacqueline Fontaine est une sauvageonne impeccablement maquillée et coiffée (comme il est d'usage pour les reines de la jungle). Bien que l'actrice possède une indéniable présence et une photogénie sans pareil, son jeu franchement mauvais n'aide pas à rendre un minimum crédible son personnage, la dame multipliant les regards caméra, comme la majorité du casting. Le principal talent de Miss Fontaine consiste à offrir son décolleté à la caméra sous tous les angles possibles, l'atmosphère muy caliente culminant lorsque la belle se met à danser frénétiquement avec une tête réduite vaudou (qui vole) et un couteau au son d'un tam-tam sorti de nulle part.

 

Jacqueline Fontaine, vue dans quelques westerns de série Z signés Ron Ormond et Sam Newfield, comme "The Dalton's Women", "Femmes hors-la-loi" et "Skipalong Rosenbloom", ainsi que des productions plus huppées, comme "Une fille de la province" avec Grace Kelly, où elle pousse la chansonnette en duo avec Bing Crosby.

Jacqueline met le feu au plancher sans trop en montrer.

 

Dans le rôle du faire-valoir comique, Cliff Taylor en fait joyeusement des tonnes, et tire son épingle du jeu en se révélant assez sympathique à force de mimiques. Quant à ses deux patrons machos, incarnés par Allan Nixon et John Martin, ce sont de véritables poteaux, tellement inexpressifs que s'ils n'étaient pas chacun coiffés d'un couvre-chef différent, on les confondrait. En outre, entendre le héros et narrateur Allan Nixon nous faire part, sur un ton professoral, de ses réflexions philosophiques de comptoir et de ses connaissances hautement approximatives de la faune (il va quand même jusqu'à prendre une antilope pour un zèbre !), tandis que défilent des inserts animaliers hyper granuleux filmés par un parkinsonien, se révèle assez savoureux et charmant de ringardise. On a clairement affaire à une pure série Z, mais il se dégage une véritable poésie de la naïveté ambiante. De quoi nous donner envie de nous lancer nous aussi dans le tournage d'une tarzannerie à meubler avec des inserts de notre dernière virée au zoo.

 

Allan Nixon, ancien footballeur et mannequin, faillit succéder à Johnny Weissmuller dans le rôle de Tarzan. Malheureusement, après la Seconde Guerre mondiale, il tomba dans la bibine et le nanar. On le vit notamment en homme des cavernes gominé dans le croquignolet "Femmes Sauvages" (encore un titre qui mériterait sa chronique). Dans les années 70, il se reconvertit comme écrivain de romans de gare sous le pseudonyme Don Romano.

John Martin, autre acteur fétiche de Ron Ormond ("Les Créatures du Docteur Aranya", "Femmes hors-la-loi"), également vu dans "Jail Bait" d'Ed Wood.

Faut dire que l'antilope koudou a des rayures. Forcément, c'est trompeur...

Quelques échantillons de l'Afrique vue par Allan Nixon.

 

Parmi les rebondissements nécessaires à tout film d'aventures qui se respecte (enfin, je dis "les" rebondissements, mais soyez prévenus qu'il n'y en a pas non plus des masses ici), notons cet interlude où nos héros assistent en champ/contrechamp à des stock-shots de danses d'Africains dans un stade. Les héros nous servent alors des dialogues ahurissants de clichés racistes, Allan Nixon s'épanchant sur la barbarie primitive de ces peuplades forcément cannibales, tandis que Jacqueline Fontaine nous explique que cette danse fait partie d'une cérémonie rituelle au cours de laquelle les "sauvages" offrent de jeunes vierges en sacrifice aux gorilles de la jungle. Aaah, les fifties...

 

Un sommet de rigueur et de délicatesse ethnographique. Claude Lévi-Strauss demande le remboursement de sa séance.

 

C'est alors que nous est introduit un autre grand fantasme de l'imagerie colonialiste, déjà vu dans des films de bien plus grand standing comme Tanganyika d'André de Toth : Nairobi Smith, le renégat blanc devenu le chef d'une tribu d'indigènes aussi sauvages que superstitieux, lui obéissant aveuglément. Le film balance sévère, car Allan Nixon nous apprend qu'en fait Nairobi Smith ne serait autre qu'un comploteur diabolique tirant les ficelles de la révolte des Mau-Mau ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! Il fallait bien l'esprit ingénieux d'un Blanc pour tenir en échec l'armée britannique au Kenya ! Heureusement, le grand méchant Nairobi Smith, "traître à sa race", se fait tuer au bout de dix minutes d'apparition par la farouche Velda, au terme d'une fusillade grotesquement mal filmée. À quelques milliers de kilomètres de là, Sa Très Grâcieuse Majesté pousse un ouf de soulagement. Le spectateur, lui, sourit devant l'abrupte conclusion de cette nouvelle sous-intrigue sans aucun rapport avec la trame principale.

 

Le fourbe Nairobi Smith et ses féroces Mau-Mau.

Heureusement pour nos héros, les Mau-Mau sont superstitieux et trouillards.

 

Les auteurs nous offrent ensuite un autre interlude de remplissage dans un village d'indigènes amis des Blancs. Évidemment, cela se traduit à l'écran par une nouvelle série de désopilants champs/contrechamps entre les acteurs américains et des stock-shots sous-exposés de femmes africaines aux seins nus dansant en accéléré. Tandis que le sidekick écarquille les paupières et grimace devant tous ces stock-shots topless, le héros discute dans un pseudo swahili sans doute improvisé en direct avec le chef du village, surjoué par un comédien vaguement métis qui force beaucoup sur les "bouga-bouga". Il s'agit là de la séquence la plus Mondo du film, dans laquelle Allan Nixon se lâche à nouveau dans les commentaires pseudo ethnologiques de bazar en voix-off.

 


Untamed Mistress coche consciencieusement toutes les cases du fantasme colonial.

Cliff Taylor vivant sa meilleure vie de cabotin au paradis des nibards.

Des fins de pellicule conservées au montage. Du grand cinéma.

Le grand chef, caricature échappée d'une publicité "Y'a bon, Banania" des années 30.

 

Mais le meilleur est encore à venir, car il me faut maintenant parler des gorilles. Ou plutôt – et c'est bien là tout le délice à même de faire fondre le cœur des nanardeurs – des hommes déguisés en gorilles. Le premier spécimen apparaissant à l'écran est de loin le plus nanar. Un cascadeur anonyme fait gauchement le mariole dans un grotesque costume de farces et attrapes, au masque en carton totalement figé, et s'en prend au Maharadja Byron Keith, dans un combat d'un ridicule épique.

 

Un combat homérique (tendance Simpson).

"Touche pas à mon primate !"

 

Environ une demi-heure après l'hilarante apparition de ce singe bas de gamme pour soirées déguisées, entre en scène le chef de la tribu des gorilles. Et c'est là une agréable surprise pour les nanardeurs, car on reconnaît immédiatement le déguisement de ce bon Steve Calvert, le viril Spanky en personne, deux ans avant ses torrides frasques "edwoodiennes" dans La Fiancée de la Jungle ! Comme dans tous ses films, le brave Steve Calvert n'est pas crédité au générique, mais étant donné qu'il n'était pas encore à la retraite et n'avait pas revendu ses costumes, le doute n'est pas permis quant à l'identité de l'homme suant à grosses gouttes sous le masque en cuir du primate. D'ailleurs, au casting, on reconnaît également le deuxième costume de gorille de Steve (celui qu'endossait son ami le clown et cascadeur Bobby Small dans le final de La Fiancée de la Jungle). Les deux singes-hommes se livrent à une empoignade balourde pour la possession de la voluptueuse Jacqueline Fontaine, étendue évanouie dans une posture lascive à leurs pieds, le décolleté plus plongeant que jamais.

 

Dans les yeux, Steve !


Les retrouvailles torrides entre Jacqueline Fontaine et son fougueux amant Steve Calvert. Avec cette notion du consentement typique des 50's, elle dit d'abord non...


...et puis finalement, pourquoi pas...


Sauf qu'ici, c'est avec un type déguisé en gorille.


Un film plus miteux que #MeToo.

L'amour triomphe de tout. Même du budget costumes.

 

Si l'on excepte bien entendu La Fiancée de la Jungle, rarement la charge zoophile des films de singes aura été aussi poussée que dans Untamed Mistress, comme n'hésite pas à le vendre l'accroche de l'affiche originale ("Untamed... Unashamed... Which will be her mate... Man or beast?"). Finissant lascivement portée par les bras puissants du triomphant Steve Calvert (avant de passer à la casserole au cours d'ébats laissés à l'imagination fertile des spectateurs), la pulpeuse Velda/Jacqueline Fontaine ne peut se défaire de ses pulsions animales, qui la poussent à quitter son insipide amant humain pour retourner auprès de ses fougueux gorilles en rut, rendus fous par l'abstinence depuis que Velda les a quittés, comme nous l'explique la voix-off d'Allan Nixon. La loi de la jungle est inflexible, et quiconque s'interpose entre un mec déguisé en gorille et sa pin-up signe son arrêt de mort. D'ordinaire réduit à son caractère menaçant, le gorille se pare ici d'une dimension sexuelle trouble. C'est plus que jamais une version cinéma d'exploitation de La Belle et la Bête.

 


Mon gorille, ma bataille : Velga est prête à défendre son viril amant jusqu'au dernier morceau de fausse fourrure.

 

Mais notre Tarzanne de BD Elvifrance n'est pas la seule à trouver les poilus sexy. En effet, alors qu'Allan Nixon s'apprête à faire feu sur Steve Calvert, une bimbo afro-américaine topless surgit tout à coup d'un buisson, s'interpose pour protéger le gorille et repart aussitôt en prenant le singe par la main. Cette scène pour le moins inattendue et absurde est l'occasion de découvrir que l'interlude Nairobi Smith n'était pas totalement gratuit, puisque le scénariste a pensé à nous révéler ce que deviennent les vierges offertes en sacrifice aux grands singes. Devant les yeux ébahis des héros, de jeunes et jolies figurantes afro-américaines à gros nibards vivent ainsi à oilpé parmi les intermittents du spectacle déguisés en singes, gesticulant des bras dans des transes lascives, épanouies au milieu de leurs compagnons simiesques. Et le spectateur d'aujourd'hui de constater que si la censure américaine de 1956 interdisait les plans nichons de femmes blanches, elle autorisait visiblement les plans nichons de femmes noires. Une différence de traitement qui révèle mine de rien un vrai mécanisme historique de racisme institutionnalisé par le Code Hays.

 

Le plan nichon pare-balles, sans doute une première.


Quand Hollywood confond ethnologie et délire tropical.

Le rituel ancestral du "on filme n'importe quoi, n'importe comment".

Un gorille albino qui se rince l'œil. À noter que ce costume grossier fut aussi employé la même année pour personnifier les yétis, également lubriques, du mollasson "Man Beast" de Jerry Warren.

 

Le rythme de ce nudie zoophile n'étant pas des plus véloces, on recommandera surtout son visionnage aux nanardeurs qui aiment le vieux cinéma de quartier à quat' sous. Mais comme les inepties s'enchaînent avec régularité jusqu'à un final qui nous fait nous interroger sur la manière dont le "Sahib Doctor" Allan Nixon a pu nous raconter toute l'histoire, ce film pour drive-in de 72 petites minutes n'a pas le temps de devenir trop ennuyeux, et se révèle même un très beau morceau en matière de film de jungle de seconde zone. Avec leurs gorilles aussi pelucheux que bien montés, leurs stock-shots, leur foire aux nibards d'une gratuité sans complexes, leur scénario à la fois tortueux et simpliste, leur amateurisme et leur plus-value ringardo-cheapos, les époux Ormond sont parvenus à accoucher d'un objet à nul autre pareil. Un film étrange et fou, honteux mais attachant, à la fois opportuniste, terriblement racoleur et – osons l'affirmer – poétique. 

 

- Jack Tillman -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Comme tout le reste de la filmographie des Ormond, Untamed Mistress fait partie des films soigneusement restaurés du coffret From Hollywood to Heaven: The Lost and Saved Films of the Ormond Family, édité en Grande-Bretagne par Nicolas Winding Refn et "Powerhouse Films". Outre quantité de bonus, les films sont accompagnés de sous-titres anglais pour sourds et malentendants, ce qui facilite leur visionnage pour les personnes pas très à l'aise avec l'anglais phonétique. Il s'agit malheureusement d'une édition limitée devenue assez rare, mais qu'on peut encore commander sur des sites de vente en ligne comme Metaluna Store.



Une inondation catastrophique dans un entrepôt à Nashville ayant détruit les négatifs de la plupart des films de la famille Ormond, Untamed Mistress a dû être restauré tant bien que mal à partir d'une source SD datant des années 90, faute de mieux, ce qui explique les couleurs délavées de mes captures d'écran (qui ne sont donc pas dues à mon incompétence à faire des caps correctes, je vous jure !).

Cependant, notre film étant libre de droit, vous pouvez le visionner et le télécharger légalement et gratuitement sur archive.org.