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Yéti, la malédiction du démon des neiges

(1ère publication de cette chronique : 2022)
Yéti, la malédiction du démon des neiges

Titre original :Yeti, Curse of the Snow Demon

Titre(s) alternatif(s) :Yéti

Réalisateur(s) :Paul Ziller

Année : 2008

Nationalité : Etats-Unis / Canada

Durée : 1h27

Genre : Le Migou des autres

Acteurs principaux :Marc Menard, Carly Pope, Adam O'Byrne, Kris Pope

Techniciens :Mark L. Lester

Rico
NOTE
2.5/ 5


Parmi les sous-genres qu’on n'a encore fait qu'effleurer sur Nanarland, le film d'abominable homme des neiges en colère mériterait presque sa sous-catégorie à lui tout seul.

Big Foots, Yetis, Migous, Sasquatchs, Wendigos, toutes ces créatures forestières poilues et destructrices pullulent au cinéma. Faut dire, que ce soit à taille humaine (Shriek of the Mutilated) ou en version géante (The Abominable, Yeti le géant d’un autre monde), c’est a priori plutôt peu coûteux et facile à faire : un sous-bois ou un bout d’alpage, quelques campeurs inconscients, un type musculeux dans un costume en fourrure qui pousse des grognements et c’est emballé. Et comme le ninja, ça débouche presqu'à chaque fois sur un nanar. Le genre, particulièrement populaire aux Etats-Unis où l'homme des bois velu fait partie du folklore populaire, continue à susciter des légions de films d’horreur qui virent cependant très rapidement au grotesque, notamment parce qu’il est toujours difficile à rendre crédible. D'ailleurs si l'image de synthèse est maintenant très souvent utilisée en renfort pour figurer le monstre, rien ne remplace le plaisir innocent du figurant en moumoute qui démembre le vacancier. A croire que le gars dans un costume de big foot est désormais le digne héritier du gars dans un costume de gorille comme meilleur effet spécial du cinéma.

Courage les gars, votre tour viendra sur Nanarland

Dans cette production pléthorique, ce Yeti, la malédiction du démon des neiges de 2008 est l'un des plus facilement accessibles. Après avoir fait une modeste carrière en DVD et en deuxième partie de soirée de la TNT,  il hante désormais les fonds de catalogue des chaînes de streaming – notamment Amazon Prime, affectueusement surnommée "la déchetterie" par les amateurs du genre, tant on y découvre d'aberrations filmiques déversées là en désespoir de cause par des éditeurs désabusés dès qu'on s'éloigne des sentiers battus par les algorithmes... C'est là où, un soir de désoeuvrement, cherchant un raccourci clavier vers un bon film que jamais je ne trouvais, je suis tombé sur ce film.


Une équipe de football américain s’écrase en avion dans l’Himalaya alors qu’ils vont disputer un match au Japon (oui, je sais les géographes, on y reviendra...). Perdus dans une zone isolée à plus de 3000 m, les survivants s’organisent pour attendre les secours mais doivent très vite se rendre à l’évidence : ils ne sont pas seuls. Des créatures poilues et affamées rôdent dans les parages et commencent à s’en prendre à eux. Et s’il n’y avait que ça. Coincés dans la montagne et n’ayant plus que trois barres protéinées en reserve alors qu’ils sont rapidement tenaillés par la faim, certains d’entre eux commencent sérieusement à envisager de cuisiner les corps de leurs camarades pour maintenir leur régime hypercalorique de sportifs de haut niveau...

Le crash. Vous remarquerez au passage que l'avion a été coupé en deux et que ses ailes ont été arrachées par les montagnes avant que l'avant de l'appareil n'aille glisser dans la neige sur plusieurs centaines de mètres.

Un choc tellement violent que les moteurs en flammes ont réapparu parmi les débris et que l'appareil en a profité pour changer la peinture de son fuselage.

Ce film est très librement inspiré d’un véritable drame qui a eu lieu en 1972 et qui a vu les membres d’une équipe de rugby uruguayenne ne survivre à un crash d’avion dans la Cordillère des Andes qu’en se résolvant en désespoir de cause à manger la chair des victimes de l'accident pour avoir la force de rejoindre les secours. Une histoire qui fit sensation en son temps et donna lieu à plusieurs adaptations littéraires et cinématographiques, dont la plus connue est Les Survivants de Frank Marshall en 1992, avec Ethan Hawke et John Malkovich.

L’idée de mixer cela à un bon gros film de monstres avec des yetis vindicatifs aurait pu donner quelque chose d’intéressant si les auteurs avaient su dès le départ sur quel pied danser. Film d’horreur, film de survie, franche pantalonnade ? N’ayant pas les moyens financiers et techniques de leurs ambitions, ne sachant visiblement pas où ils vont, ni comment y aller, Paul Ziller et toute son équipe sabordent rapidement toute crédibilité, suspense ou tension entre les personnages. En fait, à force de traiter toutes les situations par dessus la jambe, tout devient tellement absurde que le film s’effondre assez vite sur lui-même pour ne plus susciter qu'une franche hilarité.

Nos héros : vous allez aimer les voir mourir comme de parfaits crétins les uns après les autres.

Il y a plusieurs façons d’aborder le visionnage d'un nanar. Cela va de la franche hilarité à la stupéfaction la plus complète en passant par la fascination-répulsion pour ce qu’on nous présente. Là, pour ce film, la réaction dominante sera très certainement le hein ??? Le quoi ??? Le facepalm en rythme tant vous allez perpétuellement vous dire : mais tout ça n’a aucun putain de sens !

Déjà comment vous faites pour passer par l’Himalaya pour vous rendre des États-Unis aux Japon ? Déjà rien que ça, mais moi ils m’ont instantanément perdu ! De toute façon – et ça se voit dans les décors – le film a été tourné non pas sur place mais dans les Rocheuses canadiennes. Et pourtant c’est loin d’être le pire. Entre les faux raccords, les failles scénaristiques et les fausses bonnes idées qui donnent n'importe quoi à l'écran, on navigue en plein portnawakisme en stade terminal.

Nos héros tentent d'attraper un lapin avec les moyens du bord.

Lapin qui une fois attrapé se transforme en poulet sur le feu !

Un personnage se casse la jambe en tentant d'escalader une paroi ?

Pas de problème, pourquoi ne pas se faire une attelle avec le bras arraché d'un de ses compagnons de voyage !

Le top de l'invraisemblable et du j'm'en foutisme est atteint avec l'équipe de secours qui s'organise pour venir en aide aux survivants. Présentés comme les membres de l'association népalaise de secours en montagne, ladite équipe est composée en tout et pour tout de deux personnes, absolument pas népalaises au demeurant, qui décident inexplicablement de ne pas envoyer de reconnaissance aérienne sur la zone sous le fallacieux prétexte que ça serait trop dangereux alors que la tempête est finie depuis deux jours. Pas stressés outre mesure par le drame, ils décident entre deux blagounettes d'aller à pied, tranquillou, explorer eux-mêmes la zone supposée du crash qui, d'après leur carte, doit pourtant faire au bas mot 50 km de rayon en pleine montagne, sans autre équipement qu'un petit sac à dos de randonnée. Bravo les pros !

Mais oui on est au Népal, on y croit à fond, l'illusion est parfaite.

Des Népalais plus vrais que nature.

Euh, ouais ben en gros ils sont là (dans une zone qui en plus, si on en croit la carte, est non pas au Népal mais en territoire chinois !)

Y a quoi ? Soixante passagers à sauver ? Pas de problème, on va partir à deux avec des petits sacs à dos, tranquilles...

Par contre on n'oublie pas d'embarquer des Glocks au cas où, c'est l'équipement standard dans une trousse de premiers soins

Mais l'équipe de secours n'est pas la seule source d’hilarité du film. Rappelons-le, les survivants du crash sont une équipe de football américain qui savent agir et réagir avec toute l’intelligence proverbiale des sportifs de haut niveau. Les principaux coachs et responsables ayant péri, Peyton le capitaine de l’équipe, vague sosie blondinet de Casper Van Dien, s’auto-désigne comme chef et tente d’organiser tant bien que mal le groupe de rescapés. Faut-il rester sur place ou tenter de chercher des secours ? Que faire des blessés, des corps ? Qui designer comme volontaires pour essayer de trouver la queue de l’appareil où il pourrait y avoir une radio en état de marche?  Comment rationner les ressources etc. etc.

Marc Menard, un genre de version Ecoplus de Casper Van Dien (tu parles d'un plan de carrière).

Hélas (ou heureusement pour le spectateur) son autorité est vite remise en cause par le meilleur personnage du film : Raven, le connard contestataire de service, qui est caractérisé dès les premières minutes de film par le fait qu’il ne pense qu’à la bouffe. Mais genre de façon vraiment obsessionnelle et qui, dès le deuxième jour, commence déjà à proposer de manger les cadavres de leurs compagnons parce qu’il a peur de mourir de faim.

Si dans la réalité les survivants du crash de 1972 ne se sont résolus à envisager le cannibalisme qu'au bout de 15 longs jours de famine (et encore, après avoir tenté toutes les autres solutions possibles comme essayer de manger le rembourrage en paille des fauteuils ou les bagages en cuir), Raven lui commence à militer pour cette solution dès le lendemain de l'accident, alors qu'ils ont déjà eu la possibilité de chasser et de se partager les quelques snacks présents dans l'avion. Pas à dire, toujours aussi économes sur la gestion des ressources les Américains !

Evidemment le ton monte assez vite mais Raven décide de prendre les choses en main et commence à se découper des aiguillettes de footballeur sur les corps présents, ce qui nous vaut cet échange définitif :

"Non ! Pas lui ! C'est mon frère !"

"Tout le monde est le frère de quelqu'un, frangine !"

Bon, après moult tergiversations et musique mélodramatique, et avoir attendu au moins 3 jours au total en terminant les cahouettes du minibar de l'avion, notre groupe de survivants finit par se rendre à l'avis de Raven et se prépare quelques morceaux de leurs camarades en tirant des mines de six pieds de long. Scène qui n'aura d'ailleurs aucun véritable impact dramatique, ni séquelle psychologique sur les protagonistes pour le reste de l'intrigue. C'était bien la peine d'en faire le point central de la moitié du film.

Tout ça pour au final convenir que leurs potes à la plancha ont surtout l'odeur du poulet.

Face à une bande de blaireaux pareils, on n'a évidemment qu’une seule envie : les voir mourir de la façon la plus violente possible, et heureusement pour nous les yetis agressifs du titre, eux aussi intéressés par les cadavres, vont rapidement apparaître pour chasser ces squatteurs qui ont débarqué chez eux. Alors habituellement, jurisprudence Les dents de la mer oblige, quand vous faites un film de monstre à petit budget avec une créature pas très bien réalisée, vous évitez de trop la mettre en lumière, pour conserver un brin de mystère à votre bestiole et garder le suspense. Vous jouez sur les silhouettes, la pénombre, la vision subjective, la suggestion, histoire de faire monter la sauce sans griller trop vite votre Craignos Monster.

Là non. Ils ont des types dans des costumes parfaitement ridicules qui font penser au Grinch qui aurait viré albinos, et n'hésitent jamais à nous les montrer en gros plan dès le premier quart d’heure de film.

Les réformés de l'armée de Saroumane se portent bien !

Non content d’avoir un gonze dans un costume qui pousse des petits grognements, montre les dents et court au petit trot dans la neige en ayant l’air essoufflé au bout de dix secondes, Paul Ziller nous sort assez régulièrement des images de synthèse absolument par raccords avec l’animal d’origine, où le yeti passe du blanc au gris foncé entre les plans, et d'autres où notre démon des neiges fait des sauts de 10 mètres en hauteur comme un cabri sous ecstasy pour bondir sur sa proie.

 

La dernière demi heure où les yétis passent enfin à l'attaque est d'ailleurs particulièrement jouissive, les bestiaux multipliant les démastiquages de footballeurs avec un certain sens de la mise en scène sanglante, comme le prouvent ces deux courts extraits qui semblent porter la marque du scénariste Mark L. Lester (par ailleurs immortel réalisateur de Commando avec Arnold Schwarzenegger).

Tourné pour 1 million de dollar pour la chaîne SyFy dans le cadre de sa collection ManEater, oscillant entre une volonté de sérieux et l'inconscience roublarde du pur cinéma d'exploitation de vidéoclub, ce film est un parfait petit plaisir nanar. Sans être une pièce de haute volée, la faute à un ventre mou central de remplissage un peu trop axé sur les disputes pour savoir si on va manger ou pas les coéquipiers morts, ce Yéti s'avère être un spectacle assez réjouissant, notamment grâce à ses monstres qu'on n'hésite jamais à nous montrer en majesté, ses protagonistes d'une bêtise à baffer, sa demi heure finale frappadingue complètement décomplexée et son accumulation d'invraisemblances scénaristiques. 

Comme quoi l'abominable homme des neiges c'est un peu comme l'artichaut : sous les poils, il a plutôt bon coeur...

- Rico -
Moyenne : 2.63 / 5
Rico
NOTE
2.5/ 5
Kobal
NOTE
2.75/ 5

Cote de rareté - 2/ Trouvable

Barème de notation

Pas encore de blu-ray à l'horizon mais une pléthore de DVD dans tous les pays et toutes les langues possibles et imaginables. Le DVD français de chez "First International Production" (visuel en jaquette de la chronique) avec juste la V.O. et la V.F. est maintenant épuisé, mais se déniche encore facilement d'occasion. De toute façon vous le trouverez sans trop de soucis en cherchant un peu dans les coins les moins avouables des catalogues V.O.D. de vos principales chaînes de streaming, "Prime" en tête...

Le DVD américain.