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Robots 2000, Odyssée sous-marine

(1ère publication de cette chronique : 2008)
Robots 2000, Odyssée sous-marine

Titre original :Kaitei daisensô

Titre(s) alternatif(s) :La Malédiction des grands fonds (VHS), Terror Beneath the Sea, Battle Beneath the Sea, The Great Undersea War, Water Cyborgs, Robot-Agent X2 (Belgique), UX 18 Chasse aux Cyborgs, Agent X2 Operation Underwater

Réalisateur(s) :Hajime Sato

Année : 1966

Nationalité : Japon / Etats-Unis

Durée : 1h19

Genre : Tintin & Barbie contre les hommes-sardines

Acteurs principaux :Peggy Neal, Franz Gruber, Mike Daneen, Sonny Chiba, Erik Nielson, Andrew Hughes, Hans Horneff, Gunther Braun, Beverly Kahler, Hideo Murota, Tsuneji Miemachi, John Kleine

John Nada
NOTE
4.5/ 5


L'affiche française d'époque.


Si Nanarland n'est pas encore une multinationale cotée en bourse dont les membres batifolent avec la crème de la jet set, on s'en approche peu à peu. La preuve : après la IVè Nuit Excentrique à la Cinémathèque française et le salon de la bande dessinée d'Aix-en-Provence, une délégation du site des mauvais films sympathiques était conviée à l'édition 2008 du festival Aucard de Tours (ça vous en bouche un coin, pas vrai ? Non ? Bon, tant pis...). L'occasion de signer quelques autographes visant à tempérer les ardeurs de nos innombrables adoratrices, certes (bon d'accord, elles étaient deux et de sexe masculin), mais surtout de mater du bon gros nanar sur pellicule vinaigrée 100% vintage parmi un public merveilleusement réceptif.


L'affiche originale japonaise.



La VHS américaine.



La VHS française.


Parmi les films visionnés à l'occasion de cet événement, on se réjouit encore d'avoir pu découvrir ce "Robots 2000, Odyssée sous-marine", alias "La Malédiction des grands fonds", monument désuet à la gloire des hommes-poissons, des savants fous et des acteurs cabotins. Si le film bénéficie d'un minuscule statut culte aux Etats-Unis et au Japon, il semble en revanche avoir sombré dans les tréfonds de l'oubli par chez nous, incitant l'auteur de ces lignes à enfourcher son cheval de bataille pour s'en aller pourfendre une aussi scandaleuse injustice.


TA-DA !


L'intrigue est de celles qui permettent aux travailleurs surmenés de ménager leurs neurones après une rude journée de labeur : au cours d'une conférence de presse visant à présenter son dernier modèle de torpille sous-marine, la Navy américaine procède à un tir, retransmis en direct sur une télé devant un parterre de journalistes.






Z'avez-vu ça les journaleux ? Grâce à cette grosse torpille à tête chercheuse nucléaire, on va gagner la guerre contre les méchants.


Soudain, une étrange silhouette palmée traverse furtivement l'écran. Mais... quoi qu'était-ce ? Pendant que leurs collègues se perdent en conjectures, les reporters Ken (Sonny Chiba) et Jenny (Peggy Neal) décident d'aller faire un peu de plongée sur les lieux du test. Ce qu'ils découvriront propulsera le spectateur sur des crêtes de n'importe quoi...




Fichtre, les gratte-papier ont droit à une projo gratos de "L'Etrange créature du lac noir" !


Petit éclairage contextuel : pour pallier les difficultés que rencontrent leurs productions pour s'exporter sur le juteux marché occidental (on se souvient du triste sort réservé à des films comme "Godzilla", que les Américains truffaient d'inserts qu'ils tournaient eux-mêmes avec des acteurs occidentaux pour rendre le produit "moins nippon"), les Japonais entreprennent d'américaniser leurs films directement à la source. Pour ce faire, ils tournent à la fois avec des acteurs occidentaux et japonais, et réalisent parfois deux versions d'un même film : l'une pour le marché asiatique, l'autre destinée au marché occidental (à titre d'exemple, citons le cas de "Bataille au-delà des étoiles", que tourne Kinji Fukasaku en 1968).


Décharge nucléaire sauvage...



...compteur de rayonnements cosmiques...



...et mutants peu avenants : tous les éléments sont là pour alimenter les fantasmes et les peurs collectives de l'époque.

 






"Ce ne sont pas des empreintes d'être humain", croit utile de préciser l'un des protagonistes...


D'après les maigres informations que nous avons pu recueillir, il semblerait que "Robots 2000, Odyssée sous-marine" ait été tourné au Japon sous les auspices de la firme Danei, avec un casting "international" et une équipe technique exclusivement japonaise, même si la version américaine d'époque crédite un certain Terence Ford au poste de réalisateur (il s'agit d'un pseudo de Hajime Sato pour l'export). En fait, en dehors des cascadeurs, figurants et autre menu fretin, la partie nippone du casting se résume peu ou prou à la présence de Sonny Chiba (future vedette de la trilogie des "Street Fighter / Satsujin Ken" et caution cinéphile de Tarantino dans "Kill Bill"), consciencieusement noyé au milieu d'une foule d'acteurs caucasiens. Comme si cela ne suffisait pas, on fera remarquer pour l'anecdote que le nom du personnage de Chiba, "Ken Abe", est assez peu connoté, "Ken" étant le diminutif du prénom japonais Kenshiro mais aussi celui de Kenneth en anglais, et "Abe" un nom court et facile à prononcer dans la langue de Shakespeare.




Tiens, v'là un mutant aquatique...



Le professionnalisme avant tout : allez le mutant, fais-moi un beau sourire !



M'enfin !



Sur cette dernière image, on voit clairement que l'actrice occidentale a été remplacée par une doublure plus bridée.


On se réjouira pour une fois de ce que la mondialisation a pu apporter au cinéma de genre gentiment ringard, en ayant ici une pensée émue pour l'amateurisme de l'interprétation. En effet, magie des co-productions internationales, le casting occidental de "Robots 2000, Odyssée sous-marine" nous permet de revivre ni plus ni moins que les prémisses de la gweilosploitation. On retrouve ainsi avec joie une partie du casting de cet autre nanar américano-nippon qu'est "Itoka le monstre des galaxies", à savoir la blonde Peggy Neal, l'inénarrable Franz Gruber et Mike Daneen.


Les Stuart Smith et Bruce Baron des années 60.



- Oh ! Regardez, capitaine !
- Sapristi, c'était donc vrai !



Peggy Neal et son air de ravie de la crèche.



Le Dr. Moore, alias Monsieur le savant fou de service.



Il a vu un cyborg du Dr. Moore...



...eux aussi.


On l'a déjà maintes fois évoqué : dans le Hong Kong des années 1980, le duo Godfrey Ho / Joseph Lai aura fait une grande consommation d'Occidentaux ("gweilos" en chinois), qu'ils recrutaient sans discernement parmi les touristes de passage dans la colonie anglaise, pour en faire les guerriers ninja les plus ridicules qu'on ait jamais vus. De même, aux Philippines, des routards crasseux, anciens GI's alcooliques et pédophiles notoires ont pu jouer les vedettes de cinéma du simple fait qu'ils étaient Blancs et permettaient aux films dans lesquels ils tournaient de mieux s'exporter. Et bien dans le Japon des années 1960, il semble que c'était à peu près pareil, le recrutement se faisant peut-être parmi le personnel des bases militaires américaines. Comment expliquer autrement la présence d'acteurs "caucasiens" aussi catastrophiquement drôles ? Contrastant avec un Sonny Chiba relativement sobre, on assiste en effet à un festival d'Occidentaux jouant comme s'ils étaient frappés de démence, qui faisant rouler ses yeux dans leurs orbites, qui grimaçant une réplique à s'en décrocher la mâchoire, tous se dépensant autant dans leurs mimiques et leurs gesticulations qu'un épileptique dans ses crises.










- Hiiiiii c'est horrible, ils ont des écailles et en plus ils louchent !
- Doux Jésus...


Par bonheur, les dialogues sont au diapason de l'interprétation. On retiendra entre autres les séquences en sous-marin où, sans doute pour donner du crédit à l'ambiance "U.S. Navy", chaque ordre clamé par le capitaine est systématiquement répété par la moitié de l'équipage avant d'être exécuté (par exemple, le capitaine dit "virez à tribord", puis le second répète "virez à tribord", puis un sous-fifre répète à son tour "virez à tribord" etc.). Ces séquences se révèlent d'une redoutable bêtise. D'une part, parce que quand deux mètres à peine séparent le commandant de l'exécutant, la présence d'intermédiaires pour relayer l'ordre de l'un à l'autre paraît pour le moins superflue. D'autre part, parce qu'en situation d'urgence, tout ce processus devient magistralement absurde (du genre "colmatez la brèche !" ou "évitez ce gros missile qui nous fonce dessus !").


Oh mon Dieu, regardez !





Ouf, c'était moins une mon capitaine...


Sur le plan esthétique, ce gentil nanar naufragé d'un programme télé d'un autre temps regorge d'autant d'éléments kitschs qu'un magasin de souvenirs sur un site touristique : c'est un festival ininterrompu de maquettes, de décors en carton pâte et d'incrustations crayonnées à la main qui s'offrent impudiquement en pâture aux regards un tant soit peu attentifs !


Un joli décor dessiné.



Des missiles dont on devine qu'ils vont se télescoper rien qu'en regardant les fils qui les soutiennent.



Outre un avion et un sous-marin en plastoc, on devine, sur la partie gauche de l'image, les plis du tissu bleu censé figurer le ciel.


Dans le même esprit, les manipulations génétiques qui ont cours dans la cité sous-marine sont illustrées avec force voyants lumineux, filtres colorés, bruitages piou-piouesques et savants en blouse blanche s'affairant au milieu de fioles au contenu fluo. Une vision de la science si surréaliste qu'elle confine à la licence poétique.






Un laboratoire secret où l'on fabrique des cyborgs...



...avec de la mousse à raser...



...et voilà !



Quelle horreur !


De même, chaque apparition des mutants mi-hommes, mi-poissons créés par l'infâme Dr. Moore (qui préfère parler lui de "cyborgs aquatiques") donne l'occasion de rire tout son saoul : rigoureusement inexpressifs, d'une laideur à faire fuir un aveugle, leur texture présente cette rigidité suspecte propre aux costumes en caoutchouc, contraignant les malheureux acteurs engoncés dans les-dits costumes à des mouvements effroyablement lents et patauds. Détail amusant, les créatures amphibies du Dr. Moore, tels des robots multi-fonctions, sont contrôlées via un curseur avec trois positions : Travail / Combat / Repos. Le nec plus ultra de la technologie cyborg, ma bonne dame !


Travaille, cyborg !





Et maintenant, distribution de châtaignes !



En somme, et comme le laissait augurer son titre ronflant, "Robots 2000, Odyssée sous-marine" est une œuvre au charme kitsch d'une candeur rafraîchissante, dont la vision sur grand écran s'est avérée être un pur moment de bonheur. On a là un mélange de film de monstres et de S-F rétro qui fleure bon les essences musquées du serial et des romans pulp à quat'sous (le scénario est d'ailleurs tiré d'un livre de Masami Fukushima qu'on rêverait de voir traduit en français). Un petit bijou merveilleusement apte à pourvoir en délices l'amateur de mauvais films sympathiques.


Une affiche belge d'époque, où notre film est sorti sous le titre fantaisiste "Robot-Agent X2", sans doute pour surfer sur la jamesblondploitation alors en vogue (il existerait aussi sous celui de "UX 18, Chasse aux Cyborgs" !). On notera que le réalisateur Hajime Sato est ici crédité "Terence Ford", et que si les noms de deux acteurs occidentaux sont mis en avant, celui de Sonny Chiba passe à la trappe.

 
Une affiche italienne titrée "Les monstres de la ville engloutie", et dont le visuel présente le film comme une sorte de kaiju eiga !






Des affiches allemandes.

- John Nada -
Moyenne : 3.66 / 5
John Nada
NOTE
4.5/ 5
Nikita
NOTE
3.5/ 5
Wallflowers
NOTE
3.5/ 5
MrKlaus
NOTE
3/ 5
Mayonne
NOTE
4/ 5
Rico
NOTE
4/ 5
Labroche
NOTE
5/ 5
Kobal
NOTE
2.5/ 5
Drexl
NOTE
3/ 5
LeRôdeur
NOTE
4/ 5
Jack Tillman
NOTE
3.25/ 5

Cote de rareté - 3/ Rare

Barème de notation

Le dossier de presse français d'époque.

Saluons l'éditeur américain Dark Sky Films qui nous a ressorti ce film dans une édition multi-zones aussi honnête que peu coûteuse. Une image nickel au format 16/9 (malheureusement recadrée, c'est-à-dire qu'on perd un peu d'informations en haut et en bas de l'image), avec piste son en langue anglaise et, une fois n'est pas coutume, sous-titres anglais optionnels.


Il existe également une édition DVD de ce film au Japon, au format 4/3 a priori d'origine, qui ne propose semble t-il qu'une piste son en japonais sans sous-titres, et qui est par ailleurs beaucoup plus chère.


Dernièrement un blu-ray est sorti en Allemagne chez "Jacob GmbH" avec pas mal de bonus dont l'interview de Peggy Neal mais seulement une version allemande, dommage.


Hélas, comme trop souvent, il faudra une bonne dose de chance et d'acharnement pour pouvoir profiter de la savoureuse version française, sortie en VHS chez l'éditeur Carrère.


Il existe également une édition belge plus ou moins confidentielle, mais qui pourrait avoir été piratée à partir d'une édition anglo-saxonne, et sur la légalité de laquelle nous ne nous prononcerons évidemment pas.

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