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Entretien avec
Max Thayer

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Max Thayer

Figure de proue de Nanarland, Max Thayer compte parmi nos acteurs favoris. Aussi quelle ne fut pas notre joie quand il accepta de répondre à nos questions. Perfectionniste, il pris le temps de mûrir ses réponses à nos nombreuses questions et nous répondit avec une franchise et un humour qui nous charma autant qu'il nous surpris. L'homme était donc de ceux qui parlent sans langue de bois et qui préfèrent faire les choses bien. Le résultat est là et nous en sommes assez fiers : une bonne dizaine de pages qui éclairent sur le fonctionnement d'une industrie assez méconnue. Et surtout, le parcours d'un homme lucide plein d'humour et finalement, de classe.

Interview menée en septembre 2004 par La Team Nanarland.

Voir aussi notre portrait "Max Thayer by Max Thayer" sur Nanarland TV.


 

"Eh les gars, j'ai l'adresse e-mail de Max Thayer, il attend nos questions !"

Ainsi parla Nikita, le Tintin reporter de Nanarland, en cet heureux jour d'automne 2004 qui en vit certains danser la gigue au milieu du salon en hurlant "Je suis joie !".

Inutile de dire que dans les jours qui suivirent, le commando rédactionnel de Nanarland passa en mode "massacre", mitraillant littéralement le pauvre Max de questions bizarres parlant de Philippines, d'Ilsa la chienne du Sheik, d'un certain Nick Nicholson et même, au cas improbable où il aurait été approché par la bête, de Godfrey Ho (ben quoi, ça aurait pu, non ?!).

Il restait toutefois une question en suspens : comment Max Thayer, le VRAI Max Thayer, allait-il réagir à la vue de notre site, se voyant, par exemple, caricaturé dans un roman photo aux couleurs baveuses ? Allait-il prendre ombrage de se voir rangé aux côtés d'Ed Wood sur un site de froggies si ostensiblement orienté vers le cheapo-discount ?

 

Max Thayer ne risquait-il pas de s'inviter dans notre salle de bain pour nous tendre un piège ?

On prétendait l'homme plein d'humour, mais tout de même...C'est donc avec une impatience non feinte mêlée d'une pointe d'appréhension que nous attendîmes, tels le renard de la fable, que Max nous lâche le morceau...

"Vous voulez mon fromage*, hein ?!
Bien, je n'ai rien à cacher, apportez-donc le pain et le vin !
Mais d'abord, faites-moi le plaisir de m'appeler Max ! Il n'y a guère que ceux qui me trouvent une tête de client - ou, certaines mauvaises nuits, une tête de suspect - pour m'appeler Monsieur Thayer ! Et je suis certain que vous n'êtes pas de ceux-là."

[* en français dans le texte]

Puis à propos du site et de nos questions :

"Votre amour pour les films m'apparaît aussi évident que celui du pop-corn pour le cinéma. Je m'en vais imprimer votre étrange questionnaire afin de l'étudier soigneusement et lui donner toute l'attention qu'il mérite. Il semblerait presque que chaque question me rappelle au bon souvenir d'anciens amis. Voilà qui promet d'être amusant !"

Max sacrifia plusieurs jours à répondre à toutes nos interrogations, rejetant presque dans l'ombre une partie de sa carrière sans doute bien plus flatteuse que ne le laisse supposer ses rôles dans les actioners philippins (Max est aussi un homme de théâtre, il joue dans des films indépendants qui nous sont inconnus et qui ne sont sans doute pas des nanars), pour se concentrer davantage sur Laser Force ou Karate Tiger 2 afin de nous satisfaire pleinement. Son récit nous est apparu tellement vivant, que nous avons préféré le laisser sous la forme d'un "Max Thayer se raconte", avec un minimum d'interventions de notre part. Mais ce n'est pas tout. Véritable Monsieur Plus de l'interview, Max a pris le temps de nous scanner son album souvenir, dont les vignettes ont été collectées au cours de "sa grande aventure du métier d'acteur" qui l'a vu parcourir le monde depuis son Michigan natal jusqu'en Chine, en passant par la Thaïlande, les Philippines et le bureau du producteur de Jean-Claude Van Damme. Alors pour tout ce qui va suivre on dit tous en coeur et sincèrement : MERCI, MAX ! C'est vrai, quoi, il est vraiment trop fort ce Max Thayer !


En guise de préambule, il nous est apparu nécessaire d'en savoir davantage sur Max, sur l'homme et sur son parcours premier, nos renseignements biographiques à son sujet étant particulièrement lacunaires. Qui est-il ? D'où vient-il ? Etait-il ce Michael Thayer aperçu dans Ilsa ou bien était-ce un cousin qui passait ses vacances dans les harems sordides d'un Moyen-Orient des plus nanars ? Max nous éclaire...

Oui, je suis Michael Thayer ! "Max", c'est le personnage d'un roman d'Harold Robbins (Les Ambitieux). Ou peut-être cela me vient-il d'un été 72 passé à Amsterdam... ou bien encore d'un nom que j'ai choisi en rejoignant la Screen Actors Guild [NdlR : le syndicat des acteurs d'Hollywood].

Je suis né le 18 Juin 1946 à Detroit, dans l'Etat du Michigan, Etats-Unis d'Amérique. J'ai été enrôlé dans l'armée de terre en 1966, j'y ai servi pendant 3 ans avant de me rendre à Los Angeles, Californie, en 1969, pour tenter ma chance au cinéma. J'avais vingt deux ans. Après ça, New York, puis l'Europe. L'Asie et l'Amérique du Sud m'ont accueilli un temps, mais la vie m'a toujours ramené ici, à Hollywood, où j'habite depuis 25 ans.

L'un des héros du livre se nomme Max Sands. Il fut porté plusieurs fois à l'écran, notamment par Henry Hatthaway pour Nevada Smith avec Steve McQueen.

Voici comment j'ai débuté dans le métier :

Je venais de finir l'armée quand je suis arrivé à Los Angeles, Californie, en 1969. Je n'avais jamais songé à devenir comédien mais j'ai pensé que ce serait un boulot sympa et je me suis présenté à la MGM afin de poser ma candidature pour travailler chez eux comme acteur.

Ils m'ont ri au nez et flanqué à la porte !

Max sur les planches.

Sans formation ni aucune connaissance, je fis mon entrée sur la scène du petit monde du spectacle en intégrant une troupe expérimentale qui pratiquait le théâtre de rue, à Venice, Californie. Nous écoutions Captain Beefheart ou Trout Mask Replica et nous faisions des improvisations. C'était complètement dingue ! Ce fut ma première expérience d'acteur et le début de l'aventure de toute une vie.

Pour la première fois, j'ai commencé à lire des pièces de théâtre et je suis devenu familier de Brecht, Joyce, Miller et O'Neill. J'ai lu les livres sur le métier d'acteur de Uta Hagen et Michael Chekhov. J'ai appris à jouer les oeuvres de Grotowski. Ce fut la source d'une carrière qui m'amena à jouer sur les planches de New York et de Los Angeles.

Le théâtre est le coeur du métier de comédien et je crois que c'est par le théâtre qu'un acteur parvient à s'affirmer.

Se produire devant un vrai public est la chose la plus effrayante qu'un acteur ait à affronter. J'ai eu davantage le trac en attendant le lever de rideau au théâtre qu'avant de m'élancer pour n'importe quelle cascade au cinéma. Mais l'exaltation que procure une performance face à un public venu se cultiver et se distraire est incomparable. Plus le risque est grand, plus le frisson est intense.

Tenter de comparer le cinéma et le théâtre équivaut à comparer des pommes et des poires. Il faudrait en discuter de manière approfondie, ce que je ne me sens pas de faire maintenant. Sachez seulement que je tire un immense plaisir de ces deux activités et que je continuerai de m'y abreuver tant que Dieu me prêtera vie.

Photo du press-book de Max (circa 2004).

Paris, France. 1972. J'ai quelque anecdote concernant une pièce d'avant-garde dans laquelle j'ai joué, nommée Liquid Theatre, qui fut montée à l'Espace Cardin. Je faisais partie de la troupe new-yorkaise qui interprétait la pièce au Musée Guggenheim, avant qu'elle ne s'installe dans vos vertes contrées. Pour l'occasion, je me suis joint à la cohorte des touristes américains qui débarquent en Europe au printemps, et, naturellement, je me suis rendu à Paris où j'ai rencontré la troupe française.

Il se pourrait par la suite que je me complaise un peu dans mes souvenirs. Hmm... je vieillis, mais ça m'est franchement égal. Ce sera surtout l'occasion d'être cruellement honnête avec vous, autant qu'avec moi-même. Comme je vous l'ai déjà dit, ça va être amusant..!

Le Liquid Theatre.

C'est logiquement dans son pays d'origine que Max Thayer a décroché ses premiers rôles importants. Pour nous, il revient sur ses premiers pas à l'écran, qui l'ont mené des tréfonds de la série Z hollywoodienne, jusqu'au rôle de vedette dans la série B violente Les Chiens de chasse...

Au cours de cet entretien, je vous fournirai aussi les réponses aux questions que vous ne m'avez pas posées. Un exemple ? "Quels sont les films ou qui sont les acteurs ayant eu, au départ, le plus d'influence sur vous ?"

Voici ma réponse :
- Le Prêteur sur gages, La Chambre indiscrète, et Jules et Jim pour les films,
- Lee Marvin, Steve McQueen et Alain Delon, pour les acteurs,
- Julie Christie, Jane Fonda et Brigitte Bardot, pour les actrices.

Mon premier film s'appelait Ilsa, gardienne du harem, en 1975. Et, comme je vous l'ai dit, c'est bien moi Michael Thayer, mais ce n'est pas ma voix qu'on entend dans le film. J'ai été doublé pour des raisons sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici [NdlR : Max nous apprendra plus tard qu'il était ivre et épuisé, après avoir picolé de la vodka en compagnie de Dyanne Thorne et tourné 22 heures d'affilée]. Ce film fut pour moi une grande leçon sur les méthodes de survie dans le milieu du cinéma. Un peu comme si l'on m'avait balancé dans le bassin aux requins ! C'était toute une aventure en soi, et moins on en parle, mieux on se porte. A truly atrocious piece of merde !

 

La plus grosse vedette du film, c'était la tarentule de James Bond contre Dr No. Ce qu'il y a toutefois de remarquable dans Ilsa, c'est la photographie de Dean Cundey et les décors de J. Michael Riva. Ce n'est guère étonnant pour qui connaît leurs filmographies respectives [NdlR : Dean Cundey a travaillé notamment sur Halloween, Hook et Apollo 13. J. Michael Riva sur L'Arme fatale, La Couleur pourpre, ou encore Charlie et ses drôles de dames]. L'un des rares avantages d'avoir participé à cette pantalonnade est que je ne me laisserai jamais plus entraîner à nouveau dans un truc pareil.

J'ai enchaîné sur La Planète des dinosaures puis sur Hot Ice. Le deuxième fut mis en scène par le célèbre Ted Apostolof et comptait également la dernière apparition d'Ed Wood à l'écran en tant qu'acteur.

Max, moustache au vent, chasse du dino dans La Planète des dinosaures.


En 1977, je fus l'un des interprètes principaux, aux côtés de Frank Sinatra Jr, de Do it in the dirt, un film de moto-cross. Pour décrocher ce rôle, ce furent surtout mes talents de motard qui firent la différence, davantage que mes capacités d'acteur. Je ne sais pas ce qu'est devenu le film. Je ne pense pas qu'il soit jamais sorti, je n'en ai d'ailleurs jamais vu la moindre image.


Max sur le tournage de Do it in the dirt (à droite avec la combinaison Kawasaki). Le film a été tourné en 77/78, terminé et copyrighté en 79, mais ne semble effectivement ne jamais être sorti nulle part.

Lors d'un day-off sur le tournage de Do it in the dirt, j'ai rencontré Elliot Hong qui était sur le point de réaliser Les Chiens de chasse. A l'heure où je vous parle, je suis un peu trop fainéant pour m'en souvenir avec précision, mais ça a dû démarrer aux alentours de l'année 1978. Je me souviens de ma rencontre et de l'entraînement avec Bong Soo Han, qui avait réglé les combats de Billy Jack ainsi que de nombreux autres films. C'était un Maître sévère. Bien que, depuis 1966, je connaisse et aie pratiqué différentes techniques de combat, je ne suis pas un artiste martial, je tiens à le préciser. Toutefois, j'aime énormément le sport. J'en ai pratiqué pas mal étant gosse, à Detroit : hockey sur glace, baseball, boxe, natation... Cela m'a beaucoup servi par la suite dans les films d'action.

Je ne suis pas cascadeur non plus. Durant une grosse scène de bagarre sur le toit d'un immeuble, les méchants du film étaient censés me balancer dans tous les coins. J'ignorais qu'on utilisait des protections. C'est seulement après, quand j'ai montré mes bleus à un copain cascadeur, qu'il m'a dit d'un air étonné : "Tu n'avais pas mis de rembourrage ?". Je me suis équipé dès le lendemain.

Je suis un acteur, rien de plus.

Au fait, Les Chiens de chasse, ainsi que tous mes films précédents, ont été tournés dans la région de Los Angeles. Pas encore de Philippines. Je ne suis arrivé là-bas qu'en 1983...

Comme nous le savons, c'est aux Philippines que les aventures de Max Thayer dans la jungle du nanar connurent leurs développements les plus marquants puisqu'il y tourna en vedette les furieux Laser Force, l'arme absolue et Commando Massacre. Loin de se cantonner à l'actioner bourrin, il fut également l'un des acteurs principaux du plus méconnu The Story of the Dolls, une production érotisante qui compte parmi ses expériences les plus singulières. Max nous raconte par le menu comment il est arrivé aux Philippines, nous livrant au passage quelques anecdotes de tournage fort croustillantes...

En 1980, je me suis blessé. Je me suis retrouvé au rancart jusqu'à ce qu'un ami me passe, trois ans plus tard, un super tuyau qui a remis ma carrière sur les rails. Buck Flower, un excellent second couteau que j'avais rencontré sur Ilsa, m'a téléphoné un jour pour me dire qu'on cherchait un gars pour un rôle de premier plan dans un film philippin. C'est comme cela que j'ai rencontré Hubert Frank, un homme charmant doublé d'un réalisateur de grand talent. A l'audition, j'étais en concurrence avec pas mal de monde mais, une semaine plus tard, Buck m'a téléphoné pour me dire : "Hé, môme ! Ca te dirait d'aller aux Philippines ?!"

C'est la grande aventure du métier d'acteur.

The Story of the Dolls était l'histoire d'un photographe de nu en reportage aux Philippines, accompagné de playmates françaises, allemandes, autrichiennes et sénégalaises. Sur l'une des îles alentour, il découvrait alors une splendide créature locale. Les filles qui jouaient dans le film étaient en fait des mannequins du magazine Penthouse. Quant à Tetchie Abgayani, la splendide philippine en question, c'était une véritable playmate du magazine Playboy. Cela avait du reste provoqué un scandale assez gouleyant, puisqu'à l'époque, Imelda Marcos avait accusé Tetchie de renvoyer une image dégradante des femmes des Philippines, ce à quoi Techie avait d'ailleurs répondu, traitant la femme du président d'hypocrite et l'accusant de diffamation ! C'était Tetchie : un corps de rêve, une tête de mule ! Elle a voulu tenter sa chance à Hollywood un peu après. Elle n'a eu que des petits rôles, mais crédités, dans des films de prestige comme La Forêt d'émeraude de John Boorman. Se balader avec elle dans Manille, c'était un peu comme être avec Mick Jagger ! Tourner une scène dans la rue attirait les gens par centaines et provoquait aussitôt une mini-émeute. Trois ou quatre prises tout au plus, et il fallait décamper.

Max Thayer nous ouvre son album photos : celle-ci a été prise sur le tournage de The Story of the Dolls.

Le film était tourné en muet. Cela m'a un peu déçu, sans réellement me perturber : je me concentrais sur mon jeu d'acteur et tout le monde se comportait avec professionnalisme. Malgré tout, la voix d'un acteur reflète sa personnalité. Si vous lui enlevez ça, vous diminuez de moitié l'impact de sa prestation. Au final, j'ai trouvé le résultat gentillet et pas désagréable.

Tetchie Abgayani.


Il y a beaucoup de choses que je ne referais plus aujourd'hui, mais en 1984, quand on m'a proposé de revenir aux Philippines pour Laser Force, l'arme absolue, je n'ai pas hésité. J'ai été pistonné par un ami que j'avais rencontré sur le tournage de Story of the Dolls, et qui connaissait le producteur. Parfois, ça marche comme ça...

Du reste, comment aurais-je pu refuser de jouer des jumeaux, l'un bon, l'autre méchant ? C'est un rêve de comédien. J'ai donc travaillé pour la première fois avec Teddy Page, un réalisateur philippin, et son producteur, Mr Lim.

Vous m'avez demandé de vous parler des risques encourus sur le tournage, et si j'étais à l'aise sur les cascades. Je vous dirais que n'ai pas eu d'appréhension particulière tant elles étaient préparées et dirigées avec soin. La seule chose qui s'est mal terminée fut une scène d'effets spéciaux où l'on était censé avoir recours à une bombe fumigène, laquelle s'est révélée être une grenade au phosphore (bien joué, l'accessoiriste !). Lors de la déflagration, des éclats incandescents m'ont sauté au visage. Il m'en est d'ailleurs resté quelques petites cicatrices que je garde encore aujourd'hui. Après l'explosion, je me suis précipité dehors en courant, le pantalon littéralement en flammes. Hélas, plusieurs personnes ont été sérieusement brûlées, ce qui nous a contraint à interrompre le tournage pendant un jour ou deux...

Mon plus grand regret est de n'avoir pas pu rencontrer Richard Harrison. Je l'ai manqué à un jour près. Nous tournions dans la campagne, et nous habitions au même endroit que l'équipe du film de Richard. On m'a donné sa loge mais je n'ai pas pu l'approcher davantage. J'aurais tellement aimé discuter un moment avec lui, c'est l'une de mes idoles... [NdlR : Après lecture de cette interview, Richard Harrison, flatté, invitera Max chez lui. S'ensuivra un quiproquo, Max confessant à son hôte qu'il s'était trompé et l'avait bêtement confondu avec Richard Harris, comédien vu notamment dans Les canons de Navarone et Les révoltés du Bounty... Sacré Max !]

Pour finir avec Laser Force, croyez-moi ou non, mais je ne l'ai jamais vu ! Si vous savez où je peux en trouver un exemplaire, soyez gentils de me le signaler.

Richard Harrison.

Je suis retourné une nouvelle fois aux Philippines en 1985 pour un film de Jun Cabreira, Commando Massacre. A l'origine il devait s'appeler Blood Machines. Subtil, pas vrai ? Le tournage fut difficile, mais Jun avait une équipe incroyable et tout s'est bien déroulé.

 

Nous étions descendus dans un hôtel très chic de Manille, le Manila Garden Hotel, où logeait également l'équipe d'un autre film philippin réalisé par le grand Cirio H. Santiago, et dont la vedette était le karatéka Richard Norton, accompagné d'autres acteurs d'Hollywood. Je me joignais à la petite communauté après le tournage, et c'est là-bas que j'ai fait la connaissance d'un sympathique compatriote du nom de Robert Patrick. Quelques années plus tard, il s'est fait connaître grâce à Terminator 2.

Robert Patrick.

Vous m'avez posé une question sur les conditions de travail aux Philippines, et je dois admettre qu'il y avait de gros problèmes à surmonter. Je vous ai envoyé quelques photos prises sur les plateaux des différents films auxquels j'ai participé : vous y verrez des décors fabuleux, construits par des équipes industrieuses et dures à la tâche. Le cinéma philippin a une longue histoire, qui reste à découvrir. Sa réelle pauvreté est compensée par un grand enthousiasme, comme on en voit peu ailleurs. Je n'ai jamais vu des gens en faire autant à partir de si peu.

"Je n'ai jamais vu des gens en faire autant à partir de si peu."

J'ai été rappelé aux Philippines par Teddy Page pour Commando Phantom, en 1988 [NdlR : Après le tournage de Karate Tiger 2 sur lequel nous revenons en détail plus loin]. Je sais qu'on en trouve des critiques sur internet, mais là encore, je n'ai jamais vu le film. Vous connaissez Google ? C'est un moteur de recherche. En tapant "Max Thayer", vous devriez en apprendre davantage. Si vous avez d'autres infos à propos de ce film, faites-le moi savoir car je pense avoir fait deux ou trois bonnes choses là-dedans et j'aimerais bien disposer d'une copie. Teddy Page m'a dit qu'il m'avait conseillé pour le rôle principal mais que le producteur, patron de Regal Studios, n'était pas convaincu. Comme Karate Tiger 2 passait à Manille, ils sont allés le voir et au final, je suis reparti pour un tour de Philippines ! Je ne sais pas pourquoi Teddy Page est crédité au générique sous le nom de "Irvin Johnson". Il s'agit du vrai nom du joueur de basket Magic Johnson et je suppose que Teddy s'amusait à essayer un nouveau pseudo. Ce fut ma dernière visite dans l'archipel...

 

Entre deux missions commando aux Philippines, Max Thayer prit le temps de se rendre en Thaïlande pour lutter contre un ignoble karatéka communiste. Accessoirement, il en profita pour boire du sang de serpent et gifler quelques bonzes. Bien sûr, il s'agissait une fois de plus de cinéma (mais de vrai sang de serpent !), et plus précisément de Karate Tiger 2 alias La Panthère du Kickboxing où notre globe-trotter se montrait particulièrement à son avantage dans un rôle de mercenaire bourru à l'humour ravageur. Max nous dévoile les dessous de l'affaire...

Pour les amateurs de cinéma d'action, mon film le plus connu reste Karate Tiger 2, l'une des premières oeuvres du réalisateur Corey Yuen (Yuen Quai).

De retour à Hollywood, j'ai lu une annonce dans le magazine Variety : on recherchait quelqu'un pour un rôle de baroudeur dur à cuire. "Je peux le faire !" me suis-je dit. Je suis donc allé rencontrer Roy Horan, un associé des producteurs de HK avec qui il montait le projet, et... voilà* ! J'ai obtenu le rôle. Au fait, saviez-vous que Karate Tiger 2 s'intitulait à l'origine Raging Thunder ?

[* en français dans le texte]

Loren Avedon, Cynthia Rothrock et Matthias Hues, photographiés en pleine déconnade par Max sur le plateau de Karate Tiger 2.

Le film devait initialement se tourner avec Jean-Claude Van Damme. J'ai rencontré Jean-Claude à Hollywood en 86, alors que nous étions en affaire tous les deux avec le producteur de HK qui nous avait signés, avant de s'envoler pour Bangkok. Karate Tiger 2 a été tourné entièrement en Thaïlande, à l'exception d'une ou deux journées passées à Hong Kong. Pas de Philippines sur ce coup-là ! Sauf pour moi, qui, sur la route de Bangkok, me suis arrêté à Manille pour traîner avec mes copains Mike Monty, Nick Nicholson et Teddy Page. J'adore les Philippines et les gens d'esprit qui vivent là-bas !

"J'ai rencontré Jean-Claude à Hollywood".

Quand je suis arrivé à Bangkok, on m'a dit que Jean-Claude s'était désisté (il a préféré faire Bloodsport pour Golan/Globus) et l'on m'a demandé si ça ne me dérangeait pas trop d'attendre qu'on trouve quelqu'un pour le remplacer. Est-ce que cela me dérangeait ? Ma foi, c'est l'un des rôles à assumer dans cette grande aventure qu'est la vie d'un acteur ! En plus de mon cachet, il m'ont payé pour me balader dans Bangkok... Ce fut une semaine merveilleuse. Eh bien quoi ? Qu'auriez-vous fait à ma place ?

Nick Nicholson.

On m'a donné le script et après plusieurs mois d'attente, j'étais à Bangkok pour tourner Karate Tiger 2. Avoir le scénario longtemps à l'avance est un vrai luxe pour un acteur, et je dois vous avouer que j'en ai profité pour ré-écrire mes dialogues afin que le personnage de "Mac Jarvis" me corresponde parfaitement. Je dois dire que je me suis éclaté à le faire. Jouer des rôles comiques est très gratifiant. Emouvoir le public, ce n'est pas bien difficile, n'importe qui y arriverait. Mais le faire rire, ça c'est un don.

Max dans Irrésistible Sirène (1984), un des deux films pornos qu'il a tournés avec Traci Lords (dans un rôle habillé et comique). Comme le dit Max : "Emouvoir le public, ce n'est pas bien difficile. Mais le faire rire, ça c'est un don."

Cynthia Rothrock et moi sommes devenus rapidement amis et sommes toujours en contact aujourd'hui. Saviez-vous qu'elle a une jolie petite fille de quatre ans ? Grâce à elle, je me suis retrouvé à jouer à ses côtés dans deux autres films, à Hollywood : Sworn To Justice et Martial Law II: Undercover.

Cynthia Rothrock, sur le tournage de Karate Tiger 2.

Concernant la fameuse scène où l'on me voit boire du sang de cobra, elle s'est déroulée vers les deux heures du matin, en pleine jungle, après une longue journée de tournage. Au départ, ça n'était pas prévu. Je devais boire un jus de tomate ou quelque chose comme ça. Mais Yuen Kwai (Corey Yuen), par l'intermédiaire de son interprète, m'a expliqué ce qu'il voulait faire : un plan-séquence filmé avec une caméra mobile depuis le serpent jusqu'à la table, sans raccord. J'ai relevé le défi, un peu comme pour une cascade, pensant que si le public me voyait faire ça pour de vrai, cela apporterait un plus à l'histoire. De toutes manières, ils allaient tuer le serpent, alors autant lui rendre un dernier hommage en buvant son sang ! C'est aphrodisiaque, paraît-il, mais une fois mélangé à du whisky chinois, ça a plutôt un goût de médicament ! La scène a été tournée en une prise et j'ai aussi bu de la vraie bière sans trucage pour faire passer. J'en retire une certaine fierté. Rares sont les acteurs qui peuvent se vanter d'avoir fait ça !

Les années 80 finissent tristement : l'industrie délocalisée de l'actioner philippin a fait long feu, le marché jusqu'alors florissant de la vidéo connait une récession, Hollywood est en crise et il devient bien difficile pour Max, comme pour beaucoup d'acteurs, de décrocher des rôles. Max nous narre les aléas de sa période de galérien de l'intermittence dont le programme a consisté avant tout à vivre pour survivre...

1988, Los Angeles, Californie. Ce dont je ne me doutais pas, en descendant de l'avion qui me ramenait du tournage de Commando Phantom aux Philippines, c'est que, non seulement je ne reverrais jamais cet archipel magnifique, mais qu'en plus, j'allais me retrouver chômeur dans mon propre pays. J'avais atterri au tout début de la grève des scénaristes qui allait paralyser la production hollywoodienne pendant presque un an. La somme du travail accompli jusque-là allait être soudain réduite à néant. Mon agent a fermé boutique et tout a lentement périclité jusqu'au point mort, dans un métier déjà difficile à la base.

Tout a lentement périclité jusqu'au point mort.

J'ai sillonné le pays en voiture, animé des ateliers d'acteurs, écrit quelques scénarii, des émissions de radio m'ont aidé à payer mes factures et, quand la grève s'est enfin arrêtée, j'ai pu prendre un nouvel agent et recommencer de zéro. Durant la décennie suivante, des apparitions dans des films comme Vision, Dominion, et, grâce à Cynthia Rothrock, Martial Law II: Undercover et Sworn to Justice, ont constitué l'essentiel de mon travail.

Photo prise sur le tournage de Dominion (1995), avec le réalisateur Michael Kehoe tout à gauche, Max, et cette bonne trogne de Brion James.

L'ambiance des plateaux de tournage me manquait trop alors j'ai accepté des figurations dans des films comme Dragon Rouge, Pearl Harbor, The Barber, Dommage Collatéral ou Terminator 3. J'ai aussi obtenu des rôles crédités dans American Gun, le dernier film du grand James Coburn, ainsi que dans S.W.A.T.

Dans Dragon Rouge et The Barber, je fais de la figuration intelligente. Dans le premier film, je joue le garde qui accueille Edward Norton et Anthony Heald à l'asile psychiatrique et, plus tard, j'apparais dans la scène où Anthony Hopkins tente d'attraper Norton depuis son harnais. Dans The Barber, les frères Coen m'ont engagé pour jouer l'un des cinq témoins de l'exécution de Billy Bob Thornton.

Max dans The Barber, des frères Coen.

Comment éviter l'immobilisme et re-dynamiser son entreprise grâce aux opportunités offertes par l'ouverture du marché intérieur chinois ? Les conseils de Max Thayer, artisan à Hollywood...

Le nouveau millénaire a vu ma carrière renaître.

En 2001, j'ai joué en semi-vedette dans une pièce intitulée The ReBirth qui, bizarrement, m'a conduit à ma nouvelle grande aventure : la Chine.

Un ami qui faisait partie de la troupe m'a téléphoné en 2002 pour me signaler qu'on auditionnait pour le rôle d'un industriel allemand, sans plus de précision quant au lieu du tournage. J'ai rencontré Janet Wu, dont j'ai appris plus tard qu'elle était la fille d'un cinéaste chinois réputé, Wu Tian Ming. Une semaine après, j'étais dans l'avion pour Pékin. Le film CEO est l'histoire d'un chef d'entreprise chinois [NdlR : CEO = PDG en anglais] qui aide son pays à entrer dans la compétition internationale.

Il va sans dire que la Chine est un pays fabuleux. Cependant, je me dois d'attirer votre attention sur un point : si vous pensez, chers amis français, que vos coutumes gastronomiques sont particulières, sachez que ce n'est rien à côté de celles des Chinois.

Un vilain, quel pied !

De retour chez moi, je suis resté en contact avec Janet Wu et, par son entremise, j'ai rencontré le réalisateur Derek Wan pour tenir le rôle du Professeur Rudy Steinbeck dans The War of Gene, une production de la télévision chinoise CCTV.

C'est l'histoire d'une épidémie semblable au SRAS qui envahit Los Angeles, et je joue le savant peu scrupuleux qui en est responsable. Un vilain, quel pied ! Ce feuilleton va faire date car c'est la première production de la télévision nationale chinoise à avoir été tournée en dehors de la Chine, avec des acteurs occidentaux. Cette mini-série en 22 épisodes a été diffusée en Chine en novembre 2004. Mais hélas, j'ignore à ce jour quand elle sera visible ailleurs.

 

...mais l'aventure continue

J'aimerais vous dire, pour conclure, que j'ai de merveilleux souvenirs de mon séjour en France dans ma jeunesse ; j'espère y revenir un jour. Paris est une ville magique qui mérite de se voir consacrer des romans et des poèmes. Je me souviens de ma traversée en auto-stop jusqu'en Espagne, ainsi que de la gentillesse des gens, de Mâcon et de ma découverte du Beaujolais.

Vous m'avez demandé de résumer ma carrière en quelques mots. Peut-être est-ce une Citroën toute cabossée qui passe son temps à sortir de la route ? Ou bien un tapis volant qui m'a emporté à l'autre bout du monde ?

Un artiste doit mener une vie légèrement en marge.

Le métier d'acteur a été comme une maîtresse dont je serais tombé éperdument amoureux. La création est quelque chose de fascinant. La musique, la peinture, la sculpture, la danse, l'écriture, la comédie : nous tentons de vous montrer quelque chose. Hélas, le résultat de nos efforts n'est pas toujours digne de votre considération. Nous tentons d'attirer votre attention et nous risquons l'indifférence. C'est la règle du jeu. Un artiste doit mener une vie légèrement en marge de la société, pour mieux la refléter. Nous ne sommes peut-être que des histrions qui aidons le monde à demeurer réel. En ce qui me concerne, je tâtonne encore à la surface.

Voilà qui conclut mes souvenirs. Je vous les ai confiés avec franchise et honnêteté... Je me suis bien amusé à vous retracer tout cela.

"Et même si vous connaissiez toute l'histoire, pourquoi tout raconter ?"
Edna St. Vincent Milay

Comprenez-vous * ?
[* En français dans le texte.]

Your humble player,
Max Thayer

Max en 2017.

Entretien proposé et relayé par Nikita.
D'après un questionnaire rédigé par La Broche, John Matrix, John Nada, Nikita, Rico, Le Rôdeur et Zord.
Traduction de Nikita, avec le concours de John Nada et Le Rôdeur.
Mise en forme par La Broche et Le Rôdeur

- Interview menée par La Team Nanarland -