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Brad Harris

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Nous avons appris le 7 novembre 2017 la mort de Brad Harris, solide colosse qui, des années 1950 aux années 1990, a traversé trois décennies de cinéma d’exploitation. Gladiateur, cow-boy, super espion... Brad a tout fait. Une figure à la fois discrète et familière, de celles qui, à l’instar d’un Gordon Mitchell ou d’un George Eastman, furent les piliers du cinéma bis européen. Des physiques de cinoche, généralement voués aux seconds rôles, mais qui, toujours charismatiques et professionnels, surnagent quoiqu’il arrive même dans les pires productions. Et Dieu sait que, des États-Unis à l’Italie, de l’Allemagne à l’Espagne, Brad Harris a promené son physique impressionnant jusque sur les plateaux les plus miteux du cinéma.


Première surprise, Brad Harris est non seulement réellement américain, mais son nom qui sonne tellement comme un pseudo de cinéma est bien son véritable patronyme. Bradford Harris pour être précis. Il est né le 16 juillet 1933 à Saint Anthony, dans l’Idaho, petite bourgade aux allures de village western nichée au pied d’un désert de dunes de sable. On comprend que dans ce cadre cinématographique, il ne soit guère enthousiaste à l’idée de s’engager comme son père dans la banque, d’autant qu’il suit sa famille qui part s’installer en Californie. Il y fait bien quelques études d’économie mais se passionne surtout pour le sport, notamment le football américain. Il rêve de passer professionnel mais une blessure au genou met fin à ses rêves de ligue nationale.


Sur les conseils de son médecin, le jeune homme se tourne vers la culture physique. Il s'installe sur Muscle Beach, dans la cité balnéaire de Venice, qui est devenue la Mecque du culturisme, et y fréquente le Gold Gym, célèbre salle de sport qui va devenir la pépinière de nombreux balèzes du cinéma, de Peter et David Paul à Lou Ferrigno ou Arnold Schwarzenegger. C'est là qu'il se lie d'amitié avec Steeve Reeves, le futur prince du péplum italien, qui l'encourage à tenter sa chance au cinéma.


S'amusant avec un petit jeune qui débute...


Et ce sera d'abord comme cascadeur. Hollywood recrute beaucoup de types sportifs pour jouer les doublures de vedettes ou les gros bras dans les bagarres de saloon. Après quelques figurations non créditées, Brad acquiert rapidement une solide expérience et enchaîne les apparitions dans toute la deuxième moitié des années 1950. Il incarne aussi bien un soldat romain qu'un gladiateur dans les scènes de combat de Spartacus de Kubrick. Apprécié pour son professionnalisme, il grimpe les échelons pour bientôt chorégraphier combats et scènes d'action. Il sera d'ailleurs intronisé au Hollywood Stuntman Hall of Fame pour cette partie de sa carrière.

C'est d'ailleurs en tant que coordinateur de cascades qu'il part en Italie pour tenter sa chance sur les conseils de Steve Reeves. D’autant que ce métier n’existe pas là-bas, et que les scènes d'action sont souvent improvisées sur les plateaux. Mais son physique et sa prestance le font vite repérer par les directeurs de castings et il se retrouve catapulté vedette sur le tournage de Goliath contre les géants de Guido Malatesta.


Le film n'est pas un chef-d'oeuvre, mais Brad assure dans son rôle de colosse indestructible et devient vite un abonné des péplums. Hercule, Samson, Simon dans L'Ancien Testament de Parolini : il rempile dans le genre dans toute la première moitié des années 1960, préparant dans le même temps l'organisation des scènes d'action et des cascades.



En 1962, il est contacté pour assurer les combats d'une production allemande co-financée par l'Italie. Le producteur allemand Wolf C. Hartig cherche à percer sur le marché renaissant du cinéma populaire allemand. La mode est alors aux polars adaptés des romans d'Edgar Wallace, très lus outre-Rhin, et aux aventures exotiques loin de la grisaille de la reconstruction d’après guerre. La même année, James Bond triomphe à l'écran dans Dr No. Les étoiles semblent alignées pour qu'Espionnage à Hong Kong soit un succès Extra Klasse ! Mais le cinéma allemand, durement éprouvé depuis la Seconde Guerre mondiale, manque encore de techniciens compétents sur tous les postes. Pour réaliser ses films, Hartig veut profiter non seulement du financement italien et d'acteurs déjà connus, mais aussi du savoir faire technique de Cinecitta. Il se tourne donc vers Rome, la capitale du cinoche populaire européen, pour dénicher des talents. On lui conseille l'efficace Brad Harris qui va être non seulement être propulsé coordinateur des cascades mais aussi, sans être crédité, se retrouver réalisateur de la seconde équipe chargée des scènes d'action. Il va surtout incarner l'inspecteur Mc Lean, qui vient faire le coup de poing avec un courageux journaliste allemand embarqué en Asie dans une sombre histoire de microfilms volés.


On le voit au passage à l'affiche : le cinéma populaire allemand était vraiment perfectible au début des années 1960...


Le film est un succès et Harris noue des contacts amicaux avec le producteur et le réalisateur Jürgen Rolland, qui vont refaire appel à lui régulièrement pour leurs futures productions. Désormais Brad voyage entre Rome et Berlin, alternant péplums en Italie, films d'aventure et thrillers d’espionnage en Allemagne, avec des titres évocateurs comme La Panthère Noire ou Les Diamants du Mekong (il s'agit de toutes façons souvent des co-productions européennes avec de nombreux acteurs et techniciens italiens).


Dans "Les Diamants du Mekong" avec, entre autres, le "tonton" Horst Frank, grand méchant récurrent du cinéma allemand, et la jeune Française d'origine vietnamienne Michèle Mahaut.


Lorsqu'en Italie le péplum s'étiole au milieu des années 60, il troque la jupette pour des bottes et un stetson et saute sans problème dans le wagon du western spaghetti. Il sera Sabata ou Durango selon les besoins. Tout naturellement, on le voit aussi dans quelques westerns allemands tournés en Yougoslavie ou en Espagne, comme Les chercheurs d'or de l'Arkansas et sa suite Les aigles noirs de Santa Fé , où il croise la jeune starlette tchécoslovaque Olga Schoberová. C’est le coup de foudre suivi d’un mariage qui, bien qu’éphémère, verra la naissance de sa fille Sabrina qui, sous le nom de Sabrina Calley, deviendra plus tard une costumière renommée à Hollywood.


Même en cowboy, Brad fait parler ses muscles.


Avec Olga Schoberová, avec qui il continuera à tourner régulièrement, même après leur séparation.


S'il est apprécié dans la péninsule, la popularité va venir surtout en Allemagne avec la série des Komissar X, issue d'une collection de romans situés quelque part entre James Bond et Bob Morane, mêlant espionnage, jolies filles, aventures exotiques et parfois même une pointe de fantastique. Aux côtés de Tony Kendall dans le rôle titre de ce mystérieux redresseur de torts international, Brad incarne le capitaine Rowland, fidèle compagnon d'aventure qui vient prêter main forte à notre héros, à la manière d'un Bill Balantine.




Toujours sur la brèche pour combattre le crime.


7 films de 1965 à 1972, qui vont asseoir sa célébrité en Allemagne, un pays qui va devenir pour notre Mr Muscle sa seconde patrie de cœur. Des aventures pop et bon enfant où nos héros font le tour du monde pour faire rendre gorge à tout un tas de malfaisants. Les titres évocateurs parlent d'eux-mêmes : Komissar X halte au L.S.D., Contre trois panthères bleues, Chiens verts ou dragon d'or... Autant de films qui vont bercer la jeunesse des Allemands des années 1960-1970 et devenir, au fil des rediffusions télé, de véritables madeleines de Proust outre-Rhin.


Souvent appelé pour régler les cascades et les bagarres sur des films, Harris ne fait parfois qu'une brève apparition, le temps de se castagner avec le héros comme dans 001 destination Jamaïque ou dans Monsieur Dynamite (non pas celui avec Jackie Chan). En 1968, il co-produit un film, Eva la vierge sauvage alias King of Kong Island, où, en courageux aventurier dans une Afrique très coloniale, il croise une tarzanne peu farouche et un savant fou reclus dans la jungle projetant d’implanter des microprocesseurs dans le cerveau de gorilles (enfin d’acteurs dans des costumes de singes) pour se lancer à la conquête du monde. Hélas, malgré son pitch prometteur, le film demeure une simple aventure exotique un peu mollassonne.

En parallèle, on le retrouve encore beaucoup du côté de Cinecitta où son talent d'acteur lui vaut la plupart du temps des rôles au premier plan. Toujours dans le péplum ou le western, bien sûr, mais aussi dans des genres bien plus variés...




Au passage, une pensée pour la super affiche de "Le retour du gladiateur le plus fort du monde" et son remaquillage au crayola en VHS (mais où donc notre héros est-il allé fourrer son poing vengeur ?)


Il enfile le collant rouge des 3 fantastiques Supermen partant se balader dans la jungle africaine, ou joue un milliardaire playboy qui prépare un casse audacieux dans Super coup de 7 milliards. Bref, polyglotte et polyvalent, au tournant des années 1970, il enchaîne 3 ou 4 films par an dans à peu près tous les genres, du polar horrifique (La casa della paura, L'étrangleur de Vienne) au faux Tarzan (Zambo)...


Il tente même de se la jouer Bud Spencer de contrefaçon sous le nom de Robin Mc David dans Un poing c'est tout, puis Le dur... le mou... et le pigeon, aux côtés d'un Antonio Sabato puis d'un Giancarlo Prete tous deux très influencés par Terence Hill. Autant dire que ces pochades pleines de bourre-pifs qui braconnent éhontément sur les terres du duo de Pair et Impair ne tromperont personne et ne connaîtront pas les suites espérées...




En Allemagne on ne s'embête pas trop pour tenter de faire passer "Le dur... le mou... et le pigeon" pour une suite potentielle des aventures de Bud et Terence.


Au gré des co-productions, il passe aussi par l'Espagne pour quelques westerns paellas de série. On le voit aussi sur une étrange production horrifique britannique, Mutations alias The Freakmaker de Jack Cardiff, où Donald Pleasance est un savant fou qui crée des hommes plantes qu'il expose dans un cirque ambulant. En fait il n'y a que la France qui manque à son tableau de chasse du bis européen.

Dans la deuxième moitié des années 1970 et au début des années 1980, au fur et à mesure que le cinéma populaire européen vire de plus en plus au franc n'importe quoi, il apparaît dans des films toujours plus fous, croisant la fine fleur de nos acteurs préférés. Qu'il traque la belle Evelyn Kraft transformée en vampire dans les rues de Vienne dans Lady Dracula (un film qu'il a co-scénarisé) ou qu'il affronte Bruce Le et Richard Harrison dans le tourbillonnant Challenge of the Tiger.




Toujours prêt pour une solide empoignade, que ce soit avec une Evelyne Kraft vampirisée ou un Bolo Yeung furieux.


On le voit filer un coup de main à Lou Ferrigno et Sybil Danning dans le mollasson 7 gladiateurs, péplum retardataire qui s’avère être un bien pâle remake des 7 samouraïs/mercenaires du copieur multirécidiviste Bruno Mattei. Lou et Sybil qu'il retrouve dans la foulée pour l'hilarant Hercule de Luigi Cozzi.




Mais au milieu des années 1980, le filon européen commence à se raréfier et Brad, la crinière blanchie mais toujours aussi impressionnant physiquement, commence stratégiquement à se replier sur les États-Unis. Son chant du cygne est Der Stein des Todes, un film allemand tourné au Sri Lanka dont il assure encore les cascades et une partie du scénario où, en commando affrontant des narco trafiquants, il retrouve son vieux complice Tony Kendall et croise un Christian Anders déchaîné en trafiquant de drogue psychopathe.


Même s’il revient ponctuellement sur notre continent pour quelques festivals et hommages, il comprend bien qu'avec la fin des années 1980, l’âge d’or du ciné populaire européen est fini. Alors on le voit à la télévision où il joue les hommes de main et les gros bras dans quelques séries telles Riptide, Rick Hunter ou Mike Hammer. On le voit aussi dans Dallas mais c’est dans Falcon Crest qu’il trouve un rôle récurrent de shérif qui lui permet d’acquérir une nouvelle popularité.

A la fin de la décennie, il quitte les plateaux pour prendre une retraite bien méritée mais toujours active. Figure reconnue dans le milieu du bodybuilding, il retourne sur Muscle beach à Venice, en Californie, et lance son entreprise de produit de musculation, "Modern Body Design Harris".




D'une vitalité insolente malgré son âge, il se prête toujours volontiers aux interviews, aux démonstrations de coordinations de combat à l'ancienne ou à quelques apparitions clin d’œil dans des productions comme Boom en 1999, un film à sketch italien qui rend hommage au péplum, ou Shiver en 2012, un thriller avec Casper Van Dien qu'il co-produit par amitié.


Avec sa fille Sabrina Calley, lors d'une fête de la bière dans l'Allemagne devenue sa deuxième patrie de coeur.


Il nous quitte en 2017, à 84 ans, ayant pleinement profité d'une vie pleine de rencontres et de voyages. Sa devise reste la meilleure manière de se souvenir d'un homme élégant, unanimement apprécié par tous ceux qui l'ont rencontré : “Stay fit. Have fun. Harm no one."

Sources :
Getbig.com
peplumtv.com
Brian Drive in Theater

- Rico -

Films chroniqués

Filmographie


(Nous n'avons gardé de son travail à la télévision que ses rôles récurrents dans "Dallas" et "Falcon Crest", il faudrait aussi rajouter nombre d'apparitions dans des séries télévisées, de l'"Incroyable Hulk" à "Rick Hunter". De même nous n'avons pas précisé toutes les fois où il a coordonné les cascades de ces productions)

2012 - Shiver (+ production)

1999 - Boom

1987 - Der Stein des Todes (+ scénario)

1984-1989 - Falcon Crest (Série - rôle récurrent)

1984-1989 - Dallas (Série - rôle récurrent)

1983 - Hercule (Hercules)

1983 - Adieu monde cruel (Good-bye Cruel World)

1983 - Les 7 gladiateurs (I sette magnifici gladiatori)


1981 - Splendor in the Grass

1980 - L'implacable défi / Le Défi du tigre (Challenge of the Tiger / Mie jue qi qi)

1979 - Zwei tolle Käfer räumen auf

1978 - La cible étoilée (Brass Target)

1977- Holocauste Nazi : Armes secrètes du III Reich (La bestia in calore - non crédité)

1977 - Lady Dracula

1975 - Le dur... le mou... et le pigeon (Antonio e Placido - Attenti ragazzi... chi rompe paga)

1974 - Mutations (The Mutations / The Freakmaker)

1974 - La casa della paura

1974 - Un poing... c'est tout ! (Questa volta ti faccio ricco!)

1972 - Seminò morte... lo chiamavano il Castigo di Dio!

1972 - Zambo (Zambo, il dominatore della foresta)



1971 - Commissaire X contre Tiger-Gang (Kommissar X jagt die roten Tiger)

1971 - Le retour du gladiateur le plus fort du monde (Il ritorno del gladiatore più forte del mondo)


1971 - Durango encaisse et tue (Arriva Durango... paga o muori)

1971 - L'étrangleur de Vienne (Lo strangolatore di Vienna)

1970 - Wanted Sabata

1970 - Quando suona la campana

1970 - Dans l'enfer de Monza (Formula 1: Nell'Inferno del Grand Prix)

1970 - Les 3 Supermen dans la jungle (Che fanno i nostri supermen tra le vergini della jungla?)

1969 - Commissaire X et les trois serpents d'or (Kommissar X - Drei goldene Schlangen)

1969 - Les nuits chaudes de Poppée (Le calde notti di Poppea)


1968 - Jungle 2000 / L'esclave de l'île des gorilles / Eva la vierge sauvage (Eva, la Venere selvaggia - production et scénario)

1968 - Pour une poignée de diamants (Cin cin... cianuro)

1968 - Commissaire X : Trois panthères bleues  (Kommissar X - Drei blaue Panther)

1967 - L'homme qui venait pour tuer (Un hombre vino a matar)

1967 - Monsieur Dynamite (Morgen küßt euch der Tod)

1967 - Commissaire X : Halte au L.S.D.  (Kommissar X - Drei grüne Hunde)

1967 - Super coup de 7 milliards (Supercolpo da 7 miliardi)

1967 - Les trois fantastiques supermen (I fantastici 3 $upermen)

1966 - Commissaire X dans les griffes du dragon d'or (Kommissar X - In den Klauen des goldenen Drachen)

1966 - Chasse à l'homme à Ceylan (Kommissar X - Drei gelbe Katzen)

1966 - Le commissaire X traque les chiens verts (Kommissar X - Jagd auf Unbekannt)

1965 - 001 destination Jamaïque  (A 001: operazione Giamaica)

1965 - Les aigles noirs de Santa Fé (Die schwarzen Adler von Santa Fe)

1964 - Les chercheurs d'or de l'Arkansas (Die Goldsucher von Arkansas)

1964 - F.B.I. contre l'oeillet chinois (Das Geheimnis der chinesischen Nelke)


1964 - Mystère de la Jonque Rouge (Weiße Fracht für Hongkong)

1964 - Les diamants du Mékong  (Die Diamantenhölle am Mekong)

1963 - Les pirates du Mississippi (Die Flußpiraten vom Mississippi)

1963 - La légende de la panthère noire (Der schwarze Panther von Ratana)

1962 - Il vecchio testamento

1962 - Les derniers jours d'Herculanum (Anno 79: La distruzione di Ercolano)

1962 - It Happened in Athens

1962 - Espionnage à Hong Kong (Heißer Hafen Hongkong + réalisateur seconde équipe)

1962 - La fureur d'Hercule / Hercule se déchaîne (La furia di Ercole)


1961 - Samson contre Hercule (Sansone)

1961 - Goliath contre les géants (Goliath contro i giganti)

1960 - Spartacus (non crédité)

1960 - L'inconnu de Las Vegas / Onze hommes à minuit (Ocean's Eleven - non crédité)

1960 - La tête à l'envers / Une gamine qui voit grand (Tall Story - non crédité)

1960 - 13 Fighting Men

1959 - Li'l Abner (non crédité)

1959 - Speed Crazy

1957 - Monkey on My Back

1955 - Le tigre du Ciel (The McConnell Story - non crédité)