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Entretien avec
Luigi Cozzi


Luigi Cozzi

Luigi Cozzi est né en 1947 à Busto Arsizio (Italie). Cet artisan du cinéma populaire italien, ami et collaborateur de Dario Argento, auteur notamment de Starcrash et Hercule, deux fleurons du cinéma que nous aimons, a été au début de l'année 2004 la vedette d'une soirée en région parisienne, qui vit la projection en sa présence de son célèbre space-opera. M. Cozzi a pour l'occasion accepté de revenir sur sa carrière et de nous livrer son point de vue sur le cinéma bis italien.

Interview menée en février 2004 par Nikita et Zord.


Pouvez vous nous parler de votre premier film ?

Mon premier film fut un film de science-fiction, en 1969, qui s'appelait Le Tunnel sous le monde. C'était un film expérimental, spécial, tourné à Milan, lorsque j'y habitais encore. Tout de suite après, je suis venu à Rome.

Et c'est à ce moment que vous avez rencontré Dario Argento ?

Oui, je l'ai connu presque aussitôt et il m'a fait travailler avec lui. Et cela s'est reproduit très souvent par la suite. D'ailleurs, même quand nous ne travaillons pas ensemble nous restons en contact. Encore aujourd'hui, je collabore à beaucoup de ses projets, ses films d'une part, mais aussi d'autres choses, comme la gestion du magasin Profondo Rosso, à Rome.

Vous avez écrit très tôt des scénarios pour Dario Argento, notamment Quatre mouches de velours gris. Vous jouiez aussi un rôle dans le film, non ?

Oui, j'apparais dans pas mal de plans, comme figurant, on me reconnaît si on me connaît. Bien sûr à l'époque j'étais différent, beaucoup plus mince ! (rires) Quand, par exemple, il y a l'enquêteur qui prend le métro, ou qui marche dans la rue, si on regarde au second plan, je suis présent. Nous, les figurants, on servait surtout à cacher les caméras qui étaient au fond du décor. Des trucs comme ça. Et puis, il y a un plan, très bref, où j'apparais tout seul. Quand à la fin du film le héros s'enferme dans la maison pour attendre l'assassin, on voit le voisin boiteux qui ouvre sa porte, puis on voit un passant qui traverse la rue en courant avec un manteau, et c'est moi qui fait le passant. Ce genre de choses...

Après votre premier film, vous avez fait un giallo (L'Assassino e costretto ad uccidere ancora), et puis un mélo (Dedicato ad una stella), une incursion hors du cinéma de genre. Aviez-vous toujours en tête de travailler dans ce type de cinéma ou vouliez-vous aussi travailler dans un cinéma plus classique ?

Non, j'ai toujours eu en tête de faire des films de science-fiction. Mais quand j'ai commencé dans le cinéma, ce genre n'était pas traité en Italie. Il était donc inutile de vouloir faire des films que personne ne voulait financer. J'ai voulu d'abord faire des films différents pour prouver que j'étais capable de tourner, et peut-être pouvoir ensuite proposer mes projets.

...j'ai toujours eu en tête de faire des films de science-fiction.

Nous en arrivons à Starcrash. D'où est venu ce projet ? Pourquoi un film de SF, alors que vous nous avez dit que ce n'était pas la mode en Italie à cette époque ?

Je voulais faire un film de science-fiction. En 1977, j'avais déjà fait trois films comme réalisateur et je cherchais à concrétiser mon projet initial : un film de SF "normal", pas trop compliqué à faire. Je l'ai proposé à pas mal de monde à Rome, où j'avais à l'époque beaucoup de contacts. Mais personne n'était intéressé. Parmi les gens à qui je l'avais proposé, il y avait un producteur italien qui avait un partenaire à Paris, Nat Wachsberger, à qui il avait parlé du projet Starcrash sans m'en avertir. En mars 1977, Star Wars est sorti aux USA et a été un succès sensationnel. Nat Wachsberger était alors en Amérique et il s'est souvenu de mon projet : il s'est dépêché de rappeler son partenaire italien pour lui dire : "Tu avais un projet de science-fiction ? Ca m'intéresse !" Wachsberger était un personnage étrange, une sorte de citoyen du monde avec un triple passeport, français, belge et américain...

On dit que le tournage a été assez long. Pouvez-vous nous en confirmer les dates de tournage ?

Nous avons commencé à tourner Starcrash en septembre 1977. Avant Noël, nous avons fini les prises de vues avec les acteurs. Puis nous avons tourné les effets spéciaux. Puis en mars 1978, les scènes avec Caroline et le Robot Elias, celles où ils apparaissaient tout seuls. Pour finir, nous avons continué de tourner les effets spéciaux jusqu'en septembre 78.

Il paraît que vous avez dû faire des compromis, car le producteur ne voulait pas donner un budget suffisant. Y-a-t-il des choses que vous n'avez pas pu tourner ?

Certes, nous avions un budget conséquent... mais tout est relatif. Par exemple, sur la planète des neiges. Cette planète devait être complètement couverte de volcans, avec la lave, le feu, etc. Et puis avec la nuit tout se gèle et même les volcans se recouvrent de glace. Mais quand on a tourné je me suis moi-même rendu compte que c'était trop compliqué, avec toutes les miniatures à faire. Alors nous avons tourné avec la seule neige en guise d'effets spéciaux. 

Certes, nous avions un budget conséquent... mais tout est relatif..

N'avez-vous pas eu de conflit avec la production ? Des coupes dans le budget ?

Non. Simplement, au début, nous disposions d'un budget important pour ce que nous voulions faire, mais au fur et à mesure du tournage, la cagnotte s'épuisait rapidement. Trop rapidement. Quand je me rendais compte qu'il y aurait a priori un problème relatif au budget nécessaire à la réalisation d'une scène, je décidais moi-même de la modifier plutôt que de mal la faire. Je préférais renoncer à des idées si elles étaient trop difficiles et coûteuses à réaliser. Les problèmes avec la production sont venus simplement du fait de cette diminution des moyens. Par exemple, si vous voyez la partie du film, tournée au début, où figurent tous les acteurs : Marjoe Gortner, etc. tous les décors sont différents. Quand on a tourné à la fin, les scènes avec Caroline toute seule, on ne pouvait plus construire. Plus d'argent. Alors les scènes que vous voyez comme celle de la prison, hé bien, c'est le décor du Baron Zarth Arn ! On avait juste un peu modifié le décor. Le décor de l'astronef du début, c'est le même décor que le vaisseau de Caroline et Marjoe.

Quelle jugement portez-vous sur Starcrash, qui était un projet assez personnel ? Y-a-t-il un décalage entre vos intentions de départ et le résultat final ? Si c'était à refaire ?

Aujourd'hui, c'est sûr que la technique est plus avancée. Si on devait le refaire aujourd'hui, c'est sûr que ce serait techniquement plus vraisemblable. Mais la clé du film, c'est la féérie. Star Wars est un film où tout est réaliste, les astronefs, etc. Je suis allé dans une direction différente, beaucoup plus inspirée par la fantasy. Il y a beaucoup d'humour, aussi. Pas mal de jeu avec les codes du film de genre : le bon est très bon, le méchant est très méchant, comme dans les serials des années 40... Le Prince est bon, mais il est un peu bête... Il y a un humour dans toutes les situations. D'ailleurs, David Hasselhoff projette d'en faire un remake !

D'ailleurs, David Hasselhoff projette d'en faire un remake !

Pourriez-vous nous parler de Salvatore Baccaro, qui apparaît brièvement dans votre film ? Il est toujours vivant ?

Non, je crois qu'il est mort il y a quelques années. Il fait presque de la figuration dans mon film. Le pauvre, il s'est retrouvé à l'hôpital par ma faute. Car sa scène a été tournée au sommet de l'Etna, et il faisait très froid dans les hauteurs. Et le pauvre a attrapé une pneumonie avec sa peau de bête. C'est pour ça qu'on le voit très peu dans le film. C'était un très brave type. Il s'impliquait dans ce qu'il faisait, il y croyait.

Après Starcrash, nous aimerions vous parler d'Hercule. Quelle a été votre relation de travail avec la Cannon, qui n'était pas la compagnie de production la plus honnête qui soit ? 

J'ai eu beaucoup de chance avec la Cannon, car à l'époque c'était encore une petite boîte et mon film comptait beaucoup pour eux. J'étais donc un metteur en scène "important" et comme ils étaient contents du film, ils m'ont très bien traité. Après, j'ai continué à travailler pour eux, mais ils sont allés faire des gros films, avec Dustin Hoffmann, Charles Bronson, Chuck Norris, tous les grands... et nous, à leurs yeux, on est alors devenus "trash". Et les rapports avec la firme sont devenus beaucoup plus difficiles.

...et nous, à leurs yeux, on est alors devenus "trash". Et les rapports avec la firme sont devenus beaucoup plus difficiles.

Ils avaient un peu honte ?

Oui, oui, voilà. Alors que, finalement, Hercule s'est avéré leur film le plus bénéficiaire.

Comment s'est passé le travail avec Lou Ferrigno ? Sa surdité n'a t-elle pas été un handicap trop difficile à gérer ?

Lou Ferrigno est complètement sourd. Il entend bien s'il met son appareil. Seulement, l'appareil est gros et il devait l'enlever quand on tournait. Cacher cet appareil était d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle il portait une perruque lorsqu'il tournait Hulk. C'était un problème car il ne pouvait pas entendre mes indications. Ceci dit, Lou tenait beaucoup à dire lui-même tous ses textes ! Il ne jouait pas mal, mais la Cannon a décidé que sa voix n'était pas assez belle, alors ils l'ont fait doubler quand même.

Il ne jouait pas mal, mais la Cannon a décidé que sa voix n'était pas assez belle, alors ils l'ont fait doubler quand même.

Nous avons entendu dire qu'il n'était pas très apprécié de l'équipe du film, c'est vrai ?

Oh non, Lou Ferrigno est quelqu'un d'adorable. Son seul problème c'est qu'il suit un régime particulier. Quand on tournait Hercule, il voulait être le plus grand héros de péplum de tous les temps ! C'était un fan de Steve Reeves [NDLR : célèbre culturiste américain, l'un des plus illustres interprètes du rôle], mais il voulait être mieux que ça. Tenir ce rôle est une forme de consécration pour un culturiste. Donc il suivait un régime incroyable. Il se levait le matin à 4h et il faisait trois heures de sport avant de tourner.

Son problème était qu'à l'heure du déjeuner, sa pause durait trois heures. C'était un homme très imposant, mais avec un métabolisme lent. Quand j'ai compris, je me suis arrangé pour tourner avec les autres acteurs pendant sa pause.

Quand on tournait Hercule, il voulait être le plus grand héros de péplum de tous les temps !

Pourriez-vous nous rappeler la genèse précise du film Les Aventures d'Hercule et des Sept gladiateurs, que Bruno Mattei avait tourné pour la Cannon ? Il semble que ces deux films aient eu une histoire commune, assez particulière...

Le problème des Aventures d'Hercule est que ce film est né comme un puzzle, une mosaïque. Lou Ferrigno avait tourné pour eux Les Sept gladiateurs, réalisé par Bruno Mattei, mais le produit fini ne leur plaisait pas. Ils m'ont appelé et m'ont dit "On a Les Sept gladiateurs, mais c'est de la merde : on veut que tu nous aides à enlever quarante minutes de film. Tu tournes deux semaines avec Ferrigno, tu enlèves des scènes et tu en rajoutes des nouvelles." J'ai dû d'abord décider quoi enlever, puis écrire de nouvelles scènes qui s'intégreraient au reste. Puis la Cannon a changé d'idée et m'ont dit : "Et si au lieu de deux semaines avec Lou Ferrigno, on t'en donnait quatre ? Tu enlèves le reste des Sept gladiateurs et tu nous fais un film complet !" Donc j'ai dû réécrire, et tout le film était écrit comme un puzzle. Je n'avais pas l'habitude d'écrire comme ça. Le scénario se résume à une succession d'épisodes. Il est intéressant en ce qui concerne les effets spéciaux, mais il a ce problème : ça va de dix minutes en dix minutes. Lou Ferrigno n'était pas content, car au final ils lui ont fait tourner deux films pour le prix d'un.

Après Hercule, vous avez rencontré à nouveau Ferrigno pour Sinbad...

Non !

Si, Enzo Castellari nous a dit que...

Non, non...

C'est une histoire bizarre...

Ca oui !

Vous pouvez nous raconter la vraie histoire, alors ?

Ca s'est tourné des années après les Hercule. A l'époque d'Hercule, Golan et Globus, les dirigeants de la Cannon, avaient beaucoup aimé les rushes et ont parlé avec Ferrigno et nous ont fait préparé des contrats pour faire un autre film. Moi j'ai dit "OK, mais je veux faire Sinbad". Ils ont accepté. Pendant qu'on tournait Hercule, j'ai écrit Sinbad.

Donc l'histoire originale est de vous ?

Tout à fait.

Enzo G. Castellari nous a dit en interview "J'avais commencé à tourner le film, puis ça s'est interrompu faute de budget, puis ils ont appelé Luigi Cozzi pour finir le film, sans m'en parler..."

Non... Enfin, oui... c'était différent... A l'époque, j'avais tourné Les Aventures d'Hercule et Sinbad a été retardé. Puis ils se sont mis à faire de gros films et ils n'ont pas fait Sinbad. J'ai travaillé ailleurs et puis ils ont repris le projet sans moi pour en faire une mini-série de 6 heures pour la télé.

Ils ont appelé Castellari pour ce projet. Castellari a pris mon scénario - qui était prévu pour un film d'1h30 - et s'en est servi comme base pour écrire la série. Mon scénario était plein d'effets spéciaux, et lui les a enlevés pour mettre des scènes de bagarre à la place, il en a fait une sorte de film de kung fu.

Enzo G. Castellari.

Sa marque de fabrique...

Oui, à la place des effets spéciaux... Alors, ils ont tout tourné et monté. Mais quand ils l'ont fini, ça n'a pas plu à la Cannon, qui a décrété qu'ils ne pouvaient pas montrer un truc comme ça à leurs clients qui avaient payé d'avance. Et ils l'ont mis au placard.

Ce n'était pas un problème d'argent qui a fait s'arrêter le tournage ?

Non, le film était fini ! Il y avait 6 heures de tournées, ils l'ont mis au placard et il y est resté deux ou trois ans. Puis j'ai revu les gars de Cannon et ils m'ont dit "Mais tu nous avait écrit Sinbad, non ? On l'a en magasin, tu pourrais y jeter un oeil, pour nous le raccourcir et en faire un film d'1h30 ?"

Puis j'ai revu les gars de chez Cannon et ils m'ont dit "Mais tu nous avait écrit Sinbad, non ?"

Vous avez tourné des scènes en plus ?

Oui, et j'ai fait de mon mieux pour isoler les scènes à couper, et revenir à mon ancien scénario. J'ai intégré des effets visuels, car la Cannon n'aimait pas tous ces combats... J'ai réduit le montage à 1h30 et tourné quelques scènes avec Daria Nicolodi en narratrice pour lier le tout. En fait j'ai fait un travail de remontage. Mais le film était fini et c'était tout ce qui comptait... Le résultat fut affreux, d'ailleurs...

Nous aimerions parler de Nosferatu à Venise... Vous avez tourné une partie de ce film, non ?

Non, non...

Nous avons lu qu'il y aurait eu quatre ou cinq réalisateurs.

Plus que ça, même ! Le film a eu une très longue histoire. Le premier réalisateur était Maurizio Lucidi, qui a tourné des scènes d'ambiance, sans Klaus Kinski, au carnaval de Venise. Puis il y a eu Pasquale Squittieri, qui a écrit un nouveau scénario, mais n'a pas tourné. Le tournage n'a pas commencé. Puis on a engagé Mario Caiano, qui a réécrit l'histoire. Et a tourné deux jours.

Dès le premier jour, ils se sont engueulés avec Kinski. Enfin, plus exactement, Kinski s'est engueulé car Caiano était un très brave homme. Mais il a fait très peu sur le film...

Moi j'avais suivi le projet avec Caiano, j'étais censé superviser les effets spéciaux. Quand Caiano a quitté le film suite à son clash avec Kinski, c'est le producteur, Augusto Caminito, qui a pris la mise en scène en main...

Dès le premier jour, ils se sont engueulés avec Kinski. Enfin, plus exactement, Kinski s'est engueulé...

Il ne pouvait plus se payer de nouveau réalisateur ?

C'était surtout que Caminito tenait à ce projet. Il a commencé à réaliser mais il était lent, alors il m'a demandé de l'aider, et j'ai tourné une partie du film plus ou moins comme réalisateur de seconde équipe. On a tourné à Venise. Mais quand le tournage s'est arrêté, on n'avait tourné que la moitié du scénario. Le reste a été jeté au panier !

Il a commencé à réaliser mais il était lent, alors il m'a demandé de l'aider...

Il y avait des trous dans le récit, alors...

Des trous énormes !

On raconte que Kinski aurait refusé de se maquiller en arrivant sur le tournage.

Dès le début, il a dit "Je fais Nosferatu, mais sans maquillage, tel que je suis, avec les cheveux longs !" Ils ont accepté pour avoir le nom de Kinski, évidemment ça n'avait aucun sens. Alors qu'au début le film devait être une vraie suite du Nosferatu de Werner Herzog, où Kinski aurait repris son maquillage. En fait, on a tourné la moitié de l'histoire, et puis après ça s'est arrêté parce qu'il n'y avait plus d'argent. Lorsqu'on était à Venise, Kinski avait dit "J'ai des idées créatives, je veux tourner avec la lumière de l'aube..." Caminito m'a dit "Luigi, va tourner ça avec Kinski." Alors tous les matins, je tournais ce que Kinski avait en tête.

Alors tous les matins, je tournais ce que Kinski avait en tête.

Kinski avait pris le contrôle du film ?

Oui, il a fait ce qu'il a voulu. Mais il tournait des trucs qui n'avaient aucun sens. J'ai tourné une vingtaine de minutes avec Kinski qui marchait dans la lumière de l'aube. J'étais avec lui pour mettre un peu de sens dans tout ça, mais il n'y en avait aucun ! Mais bon... Kinski était content, et après il consentait à tourner avec Caminito.

Le film a marché ?

Le film a été une catastrophe ! Quand on a épuisé le budget, ils ont dit "C'est fini, on arrête de tourner." Et moi : "Mais comment ça, fini ? Y'a la moitié du scénario qui manque !" "Non, fini ! On va arranger ça au montage". Ils ont mis deux ans à monter un truc qui tienne debout avec ce qui avait été tourné.

Le film a été une catastrophe !

Le film a tout de même été présenté au festival de Venise...

Oui, mais hors compétition... et uniquement parce que Caminito était un producteur important à l'époque.

Kinski a ensuite tourné le film Paganini, produit également par Augusto Caminito. Et vous, vous avez tourné le film Paganini Horror. C'était un clin d'oeil aux rapports avec Kinski ?

Non... non je ne me suis jamais disputé avec Kinski !

Aux rapports professionnels...

Non,Paganini Horror avait été écrit bien avant et Kinski voulait faire "son" Paganini depuis longtemps. Il n'y a aucun rapport !

Vous pouvez nous parler de ce film ?

Paganini Horror est un film étrange, fait en quatre semaines, avec très peu d'argent. Un film tourné avec pas mal de fantaisie, d'imagination. Plus un film fantastique que d'horreur.

Et votre dernier film, Le Chat noir d'après Edgar Poe ?

Le Chat noir n'est pas vraiment Le Chat noir de Poe, à savoir qu'à la base c'était un film d'horreur qui s'appelait De Profundis, une histoire sans aucun lien avec Poe, plutôt inspirée du Carrie de De Palma. Et puis Menahem Golan, l'ancien patron de la Cannon qui distribuait le film avec sa nouvelle boîte, la 21st Century, m'a dit : "Luigi, je devais faire une série de films d'après Poe, avec le producteur Harry Allan Towers. Mais on s'est engueulés et il ne veut plus faire le chat noir. J'ai décidé de prendre ton film et d'en faire Le Chat noir d'après Poe !" Je lui ai dit : "Mais qu'est-ce que je vais faire, j'ai déjà un script ?" Et lui : "Tu te débrouilles, ça doit être Le Chat noir !" Donc j'ai mis un chat noir qui se balade dans le décor...

Pour finir, nous aimerions connaître votre opinion sur le cinéma populaire italien, et son rapport au public. Quel type de postérité ce cinéma peut-il avoir selon vous ? Pensez-vous qu'on puisse en tourner de nouveaux, et dans quelles conditions ?

Le cinéma populaire italien est très divers, avec du bon et du moins bon. Je pense que les meilleurs auteurs de ce cinéma, comme Mario Bava, Riccardo Freda, ou même Antonio Margheriti, vont rester, même si leurs films sont aujourd'hui datés. Mais ils ont des qualités, ils sont faits avec une vraie personnalité, un talent naïf, qui, je crois, va survivre au passage du temps... D'ailleurs beaucoup d'idées de films comme ça ont été reprises et retravaillées dans de gros films.

Mario Bava.

Et avec la domination du cinéma américain ?

Les Américains savent faire du cinéma très bien, surtout d'un point de vue industriel et commercial. Avec leurs circuits de distribution, ils ont la haute main sur le marché. Je pense qu'il est toujours possible que naissent des auteurs, dans un contexte divers, et bien sûr avec des films différents car le cinéma de jadis ne fonctionnerait plus aujourd'hui. C'est très difficile.

Comment ressentez-vous le fait que vos films et ceux des autres soient vus aujourd'hui au second degré par le public ?

J'ai grandi en voyant des films science-fiction américains comme L'Etrange créature du lac noir, Tarantula, Les Survivants de l'infini. Même à l'époque, les gens rigolaient dans la salle ! Mais si les gens rient, c'est parce qu'ils s'amusent. Sinon ils se barreraient de la salle. Quand la créature du lac noir arrivait à l'écran, les gens rigolaient, applaudissaient... J'ai tourné ce que j'aurais voulu voir sur l'écran étant enfant. Je pense que ça fait partie de la vie d'un film. Dans les années 70, je faisais des festivals en montrant des vieux films d'horreur et de SF et ç'a été une leçon pour moi car j'ai vu la réaction positive du public, qui exultait en voyant ces vieux films datés mais toujours agréables.

J'ai tourné ce que j'aurais voulu voir sur l'écran étant enfant.

Quelles sont vos activités aujourd'hui ? Avez-vous des projets dans le cinéma ?

Je continue indirectement à m'occuper de cinéma. J'ai ouvert à Rome, avec Dario Argento, la boutique Profondo Rosso, nous avons une maison d'édition qui publie des livres sur le cinéma, le fantastique. Mais aujourd'hui je ne tourne plus, car tout a changé, ce n'est plus possible de faire ce que je faisais à l'époque.

Dario Argento.

Vous n'avez plus de projets concrets ?

On m'a appelé pour quelques projets, mais c'est différent aujourd'hui, tout a changé ! Quand je faisais des films, il y avait 50, 70 producteurs et distributeurs... et autant de possibilités. Aujourd'hui en Italie, il n'y a plus que deux réseaux de grandes télévisions, Berlusconi et la RAI, qui se copient, et décident de tout.

D'après vous, le contrôle de Berlusconi sur les médias et le divertissement est-il responsable de la fin du cinéma populaire italien ?

Non, Berlusconi n'est que le dernier stade d'un processus qui a commencé bien plus tôt. Avant lui, il y a eu Gaumont. A Rome, avant son arrivée, on avait environ 100 cinémas et 80 exploitants. Gaumont s'est installé en Italie et a acheté 80 cinémas. Puis Gaumont Italie a fermé et Berlusconi n'a eu qu'à racheter son circuit.

Et le fait que les chaînes de Berlusconi aient diffusé en masse les films, en coupant le besoin de les voir en salle ?

Il n'y avait pas que Berlusconi au début, simplement il est le seul à être resté. A l'origine, tous les éditeurs (Mondadori, Hachette, etc.) ont acheté des télévisions. Puis ils ont fermé et Berlusconi a racheté tout ce qu'ils vendaient. Il a eu l'idée d'investir autant dans les agences d'achat d'espaces publicitaires que dans les chaînes de télévision. Il avait compris que l'argent ne vient pas du média lui-même mais de la publicité qu'il génère. Les autres n'avaient pas leur propre réseau de publicité et ils devaient ensuite aller vers lui en tant qu'annonceurs. Bien sûr, il leur fournissait très peu d'espaces publicitaires, ce qui fait qu'il a asséché ses concurrents... et les a rachetés ensuite...

Merci Monsieur Cozzi.

Merci à vous... Attention, vous allez oublier votre dictaphone !

- Interview menée par La Team Nanarland -