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Hell Squad
(1ère publication de cette chronique : 2026)
Titre original : Hell Squad
Titre(s) alternatif(s) : Commando Girls, Commando Squad
Réalisateur(s) : Kenneth Hartford, Robert Hayes
Producteur(s) : Menahem Golan
Année : 1985
Nationalité : Etats-Unis
Durée : 1h27
Genre : Bimbo Squad
Acteurs principaux : Phillip Rhee, Bainbridge Scott, Glen Hartford, Tina Lederman, Maureen Kelly

La révolution #MeToo a eu un effet opportuniste paradoxal sur la production hollywoodienne. Depuis quelques années, les héroïnes guerrières et baroudeuses tiennent souvent la vedette, tant dans les blockbusters que dans les séries B d'action, le cliché de la blonde en détresse hurlante semblant en net recul au profit de vedettes féminines qui se chargent souvent de porter la culotte. Mais en contrepartie, elles doivent aussi généralement porter un débardeur moulant... Chacun.e reste finalement à la place qui lui est désignée depuis un siècle de cinéma. Rien de bien neuf dans ce concept fétichiste de femmes à la fois combatives et hypersexualisées, le genre "girls with guns" ayant pullulé dans les années 70 et 80, aux Etats-Unis mais aussi en Asie. Andy Sidaris, roi incontesté du genre, mais aussi Cirio H. Santiago, ont ainsi consacré une part importante de leur filmographie à montrer des Playmates gagner des guerres à elles toutes seules, sans rechigner à montrer leurs nénés, dans des oeuvres aussi débordantes d'adrénaline que de subtilité. Combinant souvent un bon quota de nudité et d'action bourrine, le genre peut très facilement virer au nanar, surtout quand il est au service d'un propos reaganien et militariste en diable.

Les toutes premières secondes de Hell Squad laissent augurer du meilleur. Un stock-shot de champignon nucléaire, vu dans un nombre incalculable de sous-Mad Max, sert de plan d'ouverture à une oeuvre où l'indigence le dispute au n'importe quoi, où le cliché le dispute à la crétinerie. Le scénario est ainsi d'une débilité inappréciable : le Pentagone a mis au point un Mac Guffin, pardon, une arme révolutionnaire, la "Ultra Neutron Bomb", qui permet de désintégrer toute forme de vie, mais en laissant les immeubles intacts. Conçue dans un but humaniste, cette bombe est censée permettre aux populations sinistrées de ne pas avoir à reconstruire les villes en ruines en cas de guerre. Le seul hic est que tout le monde sera mort et que les villes en question seront radioactives pendant mille ans et des poussières, mais ce n'est qu'un détail.

D'après le dialogue, le Pentagone va jusqu'à désintégrer un éléphant pour tester sa "Ultra Neutron Bomb" !
Hélas pour le Monde Libre, de très méchants terroristes arabes convoitent la "Ultra Neutron Bomb" pour l'utiliser dans un but pas du tout humaniste, contrairement à l'armée américaine. Les terroristes kidnappent le fils de l'ambassadeur américain d'un (stock-shot de) pays indéterminé du Moyen-Orient, sans se demander si le simple diplomate d'un trou paumé du tiers-monde a suffisamment de poids à Washington pour livrer le secret d'une telle arme absolue à des terroristes (s'ils avaient enlevé le fils du président des Etats-Unis à la rigueur...). Cela dit, ce n'est même pas la bombe elle-même qui intéresse les terroristes, mais juste de savoir quel type de carburant est utilisé pour son lancement (essence ordinaire ou bien super ?)... euh, plaît-il ?!? Pas plus concerné que ça, le gouvernement américain refuse d'autoriser une mission de sauvetage (pourquoi ? parce que ! sales politicards de Washington, va...). La CIA n'a pas le choix. Face à un tel péril, une seule solution s'impose : engager neuf show girls de Las Vegas pour former un commando d'élite qui partira au Moyen-Orient secourir le fils de l'ambassadeur et éradiquer la menace terroriste !

Ce stock-shot d'un pays indéterminé du Moyen-Orient nous montre la cité de Mascate, capitale d'Oman...
...et semble être le même stock-shot qu'on verra en 1990 dans Night of the Kickfighters.
Un Moyen-Orient vraisemblablement filmé à la sauvette par le producteur pendant ses vacances à Marrakech.

Les terroristes et leur QG, rythmés par une musique d'ambiance style "Les Mille et Une Nuits".
Ces femmes sont des armes de destruction massive !

La cheftaine de la Hell Squad : un style vestimentaire et martial inimitable.
Un petit caméo de Phillip Rhee, le méchant de "Furious".
A la lecture de ce postulat, vous vous dites forcément que c'est complètement absurde comme scénario. La CIA n'avait vraiment pas mieux sous la main que des show girls de Las Vegas pour sauver le Monde Libre ? Il faut croire que Chuck Norris était déjà trop occupé à casser du communiste au Viêt-Nam et que Michael Dudikoff avait trop de ninjas sur la planche aux Philippines, alors la Cannon, co-productrice du film, a pris ce qu'elle a trouvé. Mais il faut toutefois préciser que les terroristes, bons princes par rapport aux habituels preneurs d'otage de nanars d'action, ont laissé à l'ambassadeur un délai royal de 30 jours pour céder à leur ultimatum (d'ordinaire, c'est plutôt 48H grand maximum). Ce qui laisse amplement le temps à l'agent qui les a recrutées de faire de nos danseuses de night-club la crème de l'élite des Forces Spéciales grâce à une formation commando en accéléré. En "moins de dix jours" de culture physique à ramper dans un gros tube en métal et courir dans des pneus alignés sur le sol, nos go-go danseuses vont être transformées en bêtes de guerre rompues au contre-terrorisme, "expertes en karaté, en tir d'adresse, en démolition", prêtes à mettre Rambo au chômage. Cela nous vaut un réjouissant entraînement dans le désert avec ambiance "Sir, yes, sir!" à la Full Metal Jacket, mais en mini-shorts et débardeurs ultra-moulants. Un stage militaire express récompensé comme il se doit par une séance de détente à la pistoche !

L'agent recruteur et les instructeurs de la Hell Squad.
Un camp d'entraînement vraiment très pauvrement équipé.
Aucune plaquette en polystyrène ne résiste au kung-fu de notre héroïne.

Des gags tout en finesse pour le public mammophile.

Pour la récré pistoche, certaines filles optent pour le bikini, d'autres pour le tee-shirt mouillé.
Refrain (toutes en choeur !) :
– "HELL SQUAD, HELL SQUAD, WE'RE THE BEST!..."– "HELL SQUAD, HELL SQUAD, WE'RE THE BEST!..."
– "DON'T EVER PUT US TO THE TEST!"– "DON'T EVER PUT US TO THE TEST!"
Film de guerre à base de bimbos armées de grosses pétoires intégralement tourné à Las Vegas et dans le désert du Nevada, Hell Squad est un troublant ancêtre de Rescue Force, précédant de seulement quatre ans le film de Charles Nizet. Et pourtant, on ne s'en douterait pas en voyant le film, qui semble plutôt contemporain de Super Flics en Jupons que de Commando. Grain de l'image, musique, réalisation, ambiance, décors, accessoires, tout hurle les années 70 ! A la ringardise esthétique du film, déjà en retard de dix ans à sa sortie, s'ajoutent son caractère terriblement fauché, ses invraisemblances en rafales, ses ellipses grossières et les délires du scénariste. La représentation de la guerre que nous offre le film est d'une loufoquerie véritablement rafraîchissante. Ainsi, avant de partir en opération, notre commando de show girls s'arrête d'abord à l'hôtel (sûrement La Babounia) pour se reposer de leur voyage en stock-shot d'avion. Et comme on est dans un pays chaud où le pétrole coule à flot mais où l'eau est rationnée, il va falloir utiliser la baignoire en groupe, dans la tradition Sidaris...



La cheftaine de l'escouade reçoit alors l'appel d'un mystérieux contact la tuyautant sur la prochaine mission. Les seins à l'air bien entendu, puisqu'elle sort du bain...

Nos soldates de fortune effectuent alors une mission qui consiste à latter du terroriste arabe (pléonasme) dans leurs uniformes sexy...


C'est pas Stallone qui serait cadré comme ça.



YAAAAAAAAARRRRHHH !!!
TACATACATAC !
Aucune petite mousse ne résiste à nos guerrières de choc.
Une fois qu'elles ont fait le coup de feu, nos bimbos fourbues rentrent à l'hôtel (au volant de leur jeep à mitrailleuse, avec leurs uniformes et leurs M16, gages de discrétion absolue pour une mission top secrète)...

... pour se reposer...

... en prenant un nouveau bain collectif...

... jusqu'à un nouvel appel téléphonique / plan nichon qui les rencarde sur la mission du lendemain.

Et rebelotte les jours suivants. Le film propose donc un nouveau concept de voyage organisé, dont les animations consistent à mitrailler des Arabes et à faire du kung-fu amateur, là où les autres touristes préfèrent banalement aller à la piscine, bronzer sur la plage, marchander dans les souks ou bien faire des balades guidées dans le désert à dos de dromadaire. Le Club Med devrait se pencher sur une formule Hell Squad, je suis sûr que ça attirerait de la clientèle. Venez passer vos vacances en Syrie, on vous fournit des M16 pour massacrer les militaires locaux et les djihadistes, retour à l'hôtel à 19 heures pour une collation et une séance jacuzzi. On vous garantit que ni Daesh ni les islamistes ultra-radicaux au pouvoir à Damas n'y trouveront rien à redire, et que vous pourrez faire la navette entre l'hôtel et les camps militaires secrets en toute sécurité ! Et comme il faut bien que nos baroudeuses soignent leur couverture (car le scénariste est très attaché à la vraisemblance), le soir, elles s'en vont faire le show dans un night-club dont la clientèle se raconte des blagues en regardant les spectacles...



"Que dit l'éléphant à l'homme tout nu ?"
"Comment faites-vous pour respirer avec cette toute petite chose ?"
Comme au bout d'un moment, le schéma hôtel => baignoire => téléphone => guéguerre => hôtel => baignoire, etc., ça va finir par se voir que c'est du gros remplissage éhonté de salopiaud, il faut un rebondissement. Alors, des terroristes font irruption dans la chambre d'hôtel de nos bimbos et elles sont faites prisonnières par le Cheik...


Hin hin hin !
... les poignets seulement enroulés dans les chaînes attachées au mur (comme dans Chasseurs d'Hommes)...


... pendant que le sbire du Cheik tente de les faire parler en promenant son tigre apprivoisé sous Tranxène dans la cellule (bruité par tous les grognements sauvages que le monteur avait en stock)...

GRAOU... ROAR... GRRR...
Une capture qui fera se demander à la cheftaine du commando comment les terroristes ont pu les trouver. L'amateur de mauvais films ne s'y trompe pas, ça sent la trahison. L'amateur d'explication cohérente, lui, se dit qu'à force de se promener dans l'hôtel avec leurs uniformes et leurs M16, nos bimbos ont dû finir par éveiller les soupçons et se faire repérer, mais c'est là une réflexion de spectateur inaccoutumé à la grammaire cinématographique du nanar et à sa logique parallèle. Bref, revenons à nos moutons. Comme la fin approche, il est temps de localiser l'île au milieu du lac qui est au milieu du désert et sur laquelle le fils de l'ambassadeur est gardé captif par les terroristes, à l'intérieur d'un stock-shot de forteresse médiévale européenne. L'opération de sauvetage est réalisée les doigts dans le nez à la mode James Bond Girls, avec masques de plongée, tubas, palmes, bikinis et fusils harpons. Il va sans dire que, comme lors des missions précédentes, aucune sentinelle ne voit arriver nos héroïnes alors que tout se déroule en plein jour. Il faut dire aussi que nos strip-teaseuses de choc maîtrisent à fond la tactique de la téléportation nanarde, et que leur intuition féminine les mène directement au cachot du prisonnier. Après le franc succès de la mission, nous avons droit au fameux twist final tant attendu, car comme on s'en doutait, il y a eu une trahison à Washington. Ce qu'on attendait moins en revanche, c'est le dénouement tout droit sorti d'un épisode de Scooby-Doo.






Strike !
Si le film souffre hélas de quelques gros coups de mou (parce qu'il faut bien meubler pour atteindre la durée réglementaire), il nous enchante aussi par sa bonne humeur. Nos mercenaires de choc et de charme vivent la guerre comme une récréation, passant leur temps à glousser entre copines, à sauter de joie et à chanter leur refrain militaire comme des pom pom girls animant le match de foot de leur collège. Tout le casting joue vraiment très mal et les interprètes ont manifestement des difficultés à mémoriser leur texte. L'humour est pachydermique, les dialogues sont consternants et les scènes d'action sont très bordéliques. Pour une production Cannon, c'est très cheap, le budget semblant aussi étriqué que les tenues de nos donzelles. Malgré ses longueurs, ses décors minimalistes et son cachet de mauvais téléfilm, Hell Squad demeure tout de même une belle pièce nanardesque, qui pourra divertir les cinéphiles déviants par sa folie ambiante et son enchaînement ininterrompu d'erreurs et d'inepties.

A la mise en scène de ce Hell Squad, on trouve les tâcherons Robert Hays – à qui l'on doit le sympathique Phoenix the Warrior, post-nuke ultra fauché avec les Amazones Kathleen Kinmont et Persis "Mega Force" Khambatta – et surtout Kenneth Hartford, un personnage assez haut en couleur, réalisateur de trois autres films (le routinier Daughter of the Sun God, le débile The Lucifer Complex et le piteux Monstroid). De son vrai nom Kenneth Herts (qu'il changea en Hartford pour, paraît-il, échapper à ses créanciers), il était un escroc notoire qui s'afficha toute sa vie comme "Academy Award winner". Et le comble est qu'il gagna bel et bien un Oscar en 1961, pour un dessin animé yougoslave de 10 minutes qu'il se contenta de distribuer sur le territoire américain sans être impliqué en rien dans sa création. Un Oscar qu'il s'empressa de vendre pour une poignée de dollars.

D'après le témoignage de Fred Olen Ray, des rumeurs persistantes racontent qu'il y aurait eu un mystérieux incendie de garage peut-être allumé par Kenneth, lequel n'hésitait pas par ailleurs à payer des gorilles pour passer à tabac ses rivaux. Pour la promo de Hell Squad au marché du film américain, Kenneth Hartford fit le buzz en garant un tank sur Sunset Boulevard ! Le scénario fut écrit par le légendaire Donald F. Glut, un passionné de BD et de cinéma de genre, réalisateur à ses heures (Dinosaur Valley Girls, le diptyque The Mummy's Kiss...), qui refusa d'écrire la fin du script lorsqu'il apprit qu'il ne serait pas payé. Qu'à cela ne tienne, c'est Kenneth Hartford lui-même qui écrivit tout le dernier tiers et fut crédité comme scénariste. Menahem Golan et Yoram Globus voulurent par ailleurs faire appel à lui pour réaliser Jane, Queen of the Jungle, un projet de mockbuster de Sheena, Reine de la Jungle qui ne put hélas voir le jour faute d'avoir réussi à le financer. On en pleure encore de regret.

L'actrice principale Bainbridge Scott est une habituée des rôles de commando girl sexy, puisqu'elle jouera aussi l'une des mercenaires en petite tenue de Mankillers de David A. Prior deux ans plus tard. On a aussi droit à un caméo royalement inutile de William Bryant, un troisième couteau de séries TV, dont on se remémorera surtout le combat lunaire contre un crocodile empaillé dans le très fauché King Dinosaur réalisé trente ans plus tôt par Bert I. Gordon. L'autre, hum, "guest-star" du film n'est autre que Marvin Miller dans le rôle du Cheik, dont le plus grand rôle au cinéma fut d'avoir été la voix de Robby le Robot dans Planète Interdite. La plupart des autres interprètes n'ont que Hell Squad sur leur fiche IMDB. Quant au fils de l'ambassadeur, il est joué par Glen Hartford, le propre fils de Kenneth, qui connut un destin tragique. Victime d'un grave accident de moto dans sa jeunesse, qui le laissa dans le coma puis paralysé d'un bras, Glen Hartford joua dans plusieurs Z-movies (dont trois réalisés par son paternel), avant de marcher sur les traces de son père en devenant un producteur de cinéma louche, radin et paranoïaque se faisant une spécialité d'arnaquer ses investisseurs. Lorsque le FBI fit une perquisition chez lui et le poursuivit pour fraudes et abus de confiance, Glen licencia tous ses employés et se suicida d'une balle dans la tête.

Cote de rareté - 4/ Exotique
Barème de notationPas de version française à l'horizon pour ce film, dont on peut commander en ligne un DVD zone 1 américain. La jaquette joue à fond la carte du ravalement de façade pour pouvoir vendre un produit déjà décati à sa sortie. Pas le moindre bonus d'annoncé et c'est en anglais uniquement. Il existe également un DVD zone 2 allemand sous le titre Angel's Höllenkommando contenant les versions allemande et anglaise.
Le DVD zone 1 américain.
Les fans de Bébel auront bien sûr décelé une légère inspiration du côté de l'affiche des "Morfalous" (1984) d'Henri Verneuil...























