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Seven

(1ère publication de cette chronique : 2026)
Seven

Titre original : Seven

Titre(s) alternatif(s) : Sevano's Seven

Réalisateur(s) : Andy Sidaris

Producteur(s) : Andy Sidaris

Année : 1979

Nationalité : Etats-Unis

Durée : 1h41

Genre : Sidaris: Origins

Acteurs principaux : Andy Sidaris, John Ladalski, William Smith, Guich Koock, Tadashi Yamashita, Martin Kove, Barbara Leigh, Susan Kiger, Reggie Nalder

Techniciens : Christian Drew Sidaris

Jack Tillman
NOTE
2 / 5

Notez le léger strabisme de William Smith sur cette superbe affiche.

 

Selon la "politique des auteurs" créée par Les Cahiers du Cinéma, un réalisateur doit, pour être considéré comme un auteur, faire plus ou moins toujours la même œuvre d'un film à l'autre. En gros, on doit pouvoir clairement y retrouver les obsessions, les lubies, les grands thèmes de l'artiste, de préférence dans un genre bien défini, sans quoi il est irrémédiablement à jeter dans la poubelle des tâcherons et des "faiseurs" de films. Une théorie que, personnellement, je trouve hautement contestable (un cinéaste touche-à-tout comme Stanley Kubrick doit-il donc être considéré comme un tâcheron ?) mais qui, appliquée à Andy Sidaris, trouve enfin sa pleine justification. Après Alfred Hitchcock, Maître du suspense, Douglas Sirk, Maître du mélo, et John Ford, Maître du western, Andy Sidaris, Maître du plan nichon, peut être considéré comme un Auteur avec un grand A.

La mort est leur art de vivre !


Deuxième film réalisé par Andy (après le très sympathique Stacey en 1973 et son premier plan nichon au bout d'1 minute 40 de métrage !), Seven représente la matrice de toutes les futures productions "Malibu Bay Films", l'ébauche de la recette "Bullets, Babes & Bombs". Le cinéaste tâtonne encore, cherche ses marques, mais on sent qu'il sait déjà ce qu'il veut. Il se dégage d'ailleurs une certaine fraîcheur de ce premier film d'action sexy tourné à Hawaï, qui possède un cachet ciné 70's tout à fait charmant. Les seins des actrices sont 100% naturels, garantis sans silicone, bien loin de certaines horreurs en plastique des toutes dernières productions sidarissiennes des années 90. À l'époque, Andy a encore le mérite d'innover, d'essayer une formule inédite, bien avant de la répéter de façon un peu mécanique en fin de carrière.


Le métrage a pour moi une valeur sentimentale, car il s'agit de mon tout premier Sidaris. Sa jaquette m'alléchait tellement que je n'ai pas su résister aux biceps saillants de William Smith tenant sa grosse pétoire phallique, comme pour mieux affirmer sa virilité de mâle alpha face à la tout aussi redoutable plastique des playmates en bikini qui l'entourent de leur troublante féminité. Pour ma première sidarisserie, j'ai donc opté pour un chiffre porte-bonheur. Et je ne fus pas déçu du voyage, car ce fut un fort sympathique petit nanar, même si Andy a fait beaucoup mieux par la suite et qu'on peut lui reprocher ici d'avoir été un peu mou du derche.


Seven
est un mélange de Mission : Impossible et des Sept Samouraïs à la sauce Andy Sidaris : sept gros bonnets de la mafia s'associent dans le but de prendre le pouvoir à Hawaï, allant jusqu'à liquider un sénateur et tous les agents fédéraux présents sur place. Confronté à un quasi coup d'état sous les tropiques, le FBI fait alors appel à l'ex-agent Drew Sevano (William Smith) pour qu'il rassemble une équipe de "super pros" de l'assassinat. Ses sept mercenaires ont donc pour mission d'éliminer les sept gangsters à Hawaï et d'offrir au spectateur son quota d'action, de nibards et de testostérone, en échange de quoi ils recevront chacun un million de dollars. Nos mercenaires composent bien entendu une équipe hétéroclite comme dans toutes les histoires de baroudeurs qu'on tire de leur retraite en ultime recours pour les missions les plus délicates : il y a le cowboy, le karatéka (avec une coupe de cheveux très moche), le casse-cou devenu pilote automobile, le génie de l'électronique, le duo de pin-up en petites tenues... Andy a l'idée plutôt intéressante de présenter en parallèle les sept héros et leurs sept cibles, et spoile ainsi en quelque sorte quel vilain sera abattu par quel gentil.

William Smith ("Champagne and Bullets", "Dans les Griffes du Dragon d'Or", "Les Machines du Diable", mais aussi quelques bons films comme "Conan le Barbare", "Le Shérif ne pardonne pas", "New York ne répond plus" et "Rusty James") face au sale bureaucrate de Washington venu le recruter tout en lui reprochant ses méthodes expéditives de gros bourrin.

La dream team presque au grand complet.

La Playmate Barbara Leigh (Miss mai 1973 et Miss janvier 1977), dont les titres de gloire sont d'avoir joué aux côtés de Steve McQueen dans "Junior Bonner" de Sam Peckinpah et d'avoir inspiré le personnage de comics "Vampirella". Elle mit fin à sa carrière d'actrice après avoir joué dans le miteux "La Maîtresse des Singes" la même année.

Ce bon vieux Martin Kove (la saga "Karate Kid", "Rambo 2 : La Mission", "Insects", "Ballistica", "Revamped", "Barbarian", "La Course à la Mort de l'An 2000") en homme de main patibulaire.

Tadashi Yamashita ("Pocket Ninjas", "Capital Punishment", "La Fureur du Juste", "American Warrior", "Young Rebels") dans le rôle du sbire samouraï de service.

Le Texan Guich Koock, qui rempilera dans "Picasso Trigger".

Une petite apparition de John Ladalski, qui se fera plus tard fracasser les valseuses par les ninjas de "Sakura Killers". On l'a également croisé dans des films de ninjas de Robert Tai et de Godfrey Ho.


Pour son deuxième long-métrage de fiction, Andy Sidaris pose donc les bases de ses futures productions, et expérimente des éléments et thématiques que l'on retrouvera dans la suite de son œuvre. À savoir :

• Un générique d'ouverture original, ici à base de machine à écrire.

 

Avec une fôôôte.

 

• Un cadre exotique avec un côté carte postale très prononcé, comme lorsque la caméra s'attarde longuement (et inutilement) sur les compétitions de surf et les plages d'Honolulu, dans le fameux montage "Honey Shot" ayant fait la gloire d'Andy quand il filmait des compétitions sportives pour la télé, avec musique funky entraînante et multiples inserts rapides et hachés sur les jolies filles en maillots de bain.

 

Andy filme ses vacances à Hawaï (et greffe un film d'action dessus). Un vidéoclip touristique avec trois bikinis par seconde. Aloha !

 

• Des machos qui font les kékés avec leur gros flingue mais sont incapables de viser correctement.

 

 

• Des sbires originaux, comme ce blondinet moustachu éliminant ses victimes à l'arbalète... et en skate-board. Comme très souvent chez Andy, le pitch parle du meurtre d'agents fédéraux par une organisation criminelle et de la vengeance impitoyable qui en découle.

 

Russell Howell, champion de skate qui reviendra dans "Piège Mortel à Hawaï".

Un pull de toute beauté.

 

• Des seconds rôles charismatiques, même si l'on trouve moins de Chippendales bodybuildés que par la suite.

 

 

• Des techniques de mise à mort farfelues, comme quand l'un de nos tueurs d'élite offre un tee-shirt avec une cible dessus à un narcotrafiquant champion de surf, pour pouvoir faire un carton sur lui alors que le gangster chevauche une vague devant son parterre de fans. Ou comme cet autre sniper qui abat deux truands DEPUIS L'AUTRE BOUT DE L'ÎLE avec un improbable super fusil high-tech équipé d'une lunette de très haute précision, dont le projectile met plusieurs minutes à atteindre sa cible (ce qui, dans la vraie vie, laisserait aux victimes le temps de terminer leur cocktail, régler l'addition et rentrer à l'hôtel).

 

Une arme nanarde digne du Laser Force.

 

• De spectaculaires explosions de cabanon, ici bombardé par un deltaplane survolant le terrain de golf de l'un des méchants (petite punchline à la coule en prime).

 

 

• Du placement de produit.

 

 

• Une chute de ponte de la mafia depuis un building, filmée en gros plan, au ralenti, sans honte, histoire que même les plus bigleux d'entre nous repèrent bien le mannequin en mousse.

 

 

• De l'humour désopilant à base de quiproquo au passage en douane à l'aéroport, avec une poupée gonflable dans les bagages. Le héros trimballera cette poupée gonflable lors d'une poursuite en voiture, mais on ne nous dira jamais à quoi cette passagère en plastique lui servait pour poursuivre la limousine des méchants ! Le genre de loufoquerie sortie de nulle part ayant fait la renommée du grand Andy.

 

 

• Des travestissements absurdement ridicules et inutiles, la palme revenant à William Smith, qui réussit à passer totalement incognito et à berner un sbire chargé de le surveiller, lequel fait le guet dans le hall de son hôtel en observant tous les clients, sans remarquer William, devenu complètement méconnaissable grâce à une moumoute grise ! William Smith ayant un physique on ne peut plus impressionnant, l'efficacité d'un déguisement aussi grossier laisse rêveur.

 

William Smith, roi du déguisement.

Sacré Andy !

 

• Des twists débiles révélés à la fin grâce à la perspicacité du héros, le Hercule Poirot du jour étant l'impérial William Smith.

 

Enfin, disons une version bonhomme d'Hercule Poirot.

 

• Un générique de fin qui nous ressert les meilleurs passages, y compris les mannequins en mousse.

 

Voilà donc tous les ingrédients d'une production estampillée Sidaris.

 

Comment ? J'ai oublié quelque chose ?

 

Ah mais oui, où avais-je la tête...

 

 

Le maestro était déjà adepte du plan nichon et ne s'encombrait d'aucune justification superflue pour enlever le haut de ses actrices. Une forme d'honnêteté dans le domaine du cinéma d'exploitation. Là où les autres réalisateurs font en général appel à un vague prétexte scénaristique pour exhiber les attributs féminins, Andy le fait lui sans hypocrisie aucune. Ses héroïnes enlèvent leur soutien-gorge sans la moindre raison, juste comme ça, parce qu'elles en ont envie tout d'un coup. C'est presque une forme de philosophie : chez Andy, la nudité n'a pas à se justifier. Comme le soleil d'Hawaï ou la bière fraîche, elle est une donnée naturelle de l'univers. On se déshabille quand on prend le café, quand on répare le moteur de sa bagnole, quand votre petit ami discute de la sécurité nationale avec un agent du FBI en costume-cravate à côté de vous dans le salon... Un style novateur qui ira en s'amplifiant dès son film suivant, le grandiose Malibu Express, Seven étant encore légèrement timide voire prude par rapport aux chefs-d'œuvre les plus décolletés du pape des vidéo-clubs. Les dialogues tout en sous-entendus d'une rare subtilité nous font bien comprendre que l'univers d'Andy est déjà peuplé exclusivement de bombes sexuelles nymphomanes et de bonshommes pas hyper futés.

 

Gogo-gadgeto-roploplo !

Vous prendrez bien une paire de cafés ?

Qu'on ne prenne toutefois pas notre brave Andy pour un vil phallocrate. Ses bimbos sont aussi amatrices de blagounettes pour faire tourner en bourrique la gent masculine juste au moment où les gars pensaient conclure.

Andy n'est pas non plus un intégriste du plan nichon. Les plans popotins sont aussi à l'honneur.

 

Il me faut hélas signaler un rythme pas hyper frénétique, Andy se fichant un peu de notre poire et y allant un peu dur dans le remplissage le plus éhonté. En effet, passée l'introduction et sa succession de meurtres commandités par la pègre hawaïenne, il faudra attendre la dernière demi-heure pour avoir droit à des scènes d'action, nos sept mercenaires passant un bon moment à observer les habitudes de leurs proies et à préparer leur plan d'attaque. Certes, pas de quoi surprendre outre mesure les connaisseurs de la saga des "L.E.T.H.A.L. Ladies", qui savent que le remplissage décomplexé fait aussi partie des grandes thématiques sidarissiennes, mais une bonne grosse demi-heure où il ne se passe strictement rien, c'est toujours un peu dur à avaler. Heureusement, avant le dernier tiers rempli de bastons délirantes et de fusillades à la Enzo G. Castellari (les fans de ralentis chichiteux mais stylés seront aux anges), on peut compter sur plusieurs éléments sympathiques, comme ces cendriers incinérateurs, gadget original que les héros utilisent pour détruire les documents "top secret", et bien sûr la gratuité et la régularité des plans nichons et des plans culs, qui sont déjà employés comme un super gadget imparable afin de réveiller l'intérêt déclinant du spectateur.

 

Une scène de viol (rarissime dans une production Sidaris) heureusement un peu ridiculisée par le fait que les deux comédiens gardent leur froc tout du long.

Un Rape & Revenge comme on les aime.

 

Malgré sa mollesse parfois rebutante, ce film mineur dans la filmographie du Maître demeure cela dit très sympathique, avec un "Big Bill" Smith en pleine forme, dans un de ses derniers rôles de héros avant de jouer les guest-stars et les méchants dans des direct to video des années 80-90. À part ça, la distribution nous offre quelques numéros d'acteurs et d'actrices délicieusement à côté de la plaque, servis par des dialogues aux fraises, mais cela ne surprendra guère les fans du roi du film d'action sans soutif, qui ont payé pour voir la grosse idiotie promise par les affiches et pas autre chose. Esquisse décontractée de toutes les marottes de l'auteur de Picasso Trigger (ce dernier étant en fait une sorte d'auto-remake du film chroniqué ici), Seven reste avant tout une curiosité à découvrir dans l'œuvre sans tache d'Andy Sidaris, chez qui il ne faut jamais menacer une femme avec un couteau sous peine de finir explosé avec une bombe entre les cuisses.

 

Notre chouchoute Sybil Danning, vedette de "Malibu Express", apporte à nouveau ses arguments de poids pour aider à vendre un film d'Andy, dans la collection "Sybil Danning's Adventure Video" animée par l'actrice.

- Jack Tillman -

Cote de rareté - 4/ Exotique

Barème de notation

Inédit en français, Seven a eu droit à une belle restauration chez l'éditeur allemand "White Pearl Classics", qui propose un coffret contenant un blu-ray, un DVD et un mediabook. Des sous-titres anglais sont inclus. On signalera également un DVD zone 1 américain édité par "Kl Studio Classics".

 

 

Avis aux collectionneurs de VHS : attention à cette jaquette volante (signée Initial) recyclant le magnifique visuel allemand de Seven pour vendre Le Carnaval des Barbouzes, un film d'espionnage franco-italo-autrichien de 1966 avec Stewart Granger :